Retour sur Rock en Seine – Edition 2016

Rock en Seine 2016

Comme toutes les années depuis 2012, Walkzine s’est rendu sur le domaine de Saint Cloud. Soleil de plomb, basses lourdes et poussières étoilées nous ont accompagnés durant ces deux jours clôturant d’une certaine façon notre été. Récit.

Bêtes de Scène

Edward Sharpe and The Magnetic Zeros, c’est à la fois l’esprit beatnik, le blues de la Nouvelle Orléans, et la country de Nashville. Impossible de résister à ce charismatique chanteur, beau comme un cœur et ses dizaines de musiciens, tous aussi doués les uns que les autres. Comment ne pas être irrémédiablement attiré par l’envoûtant Truth et son sifflement tout droit venu d’une B.O signée Ennio Morricone, la reprise joyeuse du titre de John Lennon Instant Karma, cymbales et chœurs en symbiose, et bien évidemment le tubesque Home, qui déchaine les foules. ET nous rend verts de jalousie quand Alex Ebert décide de prendre un fan au hasard pour faire la partie chantée féminine. Et qui la chante d’ailleurs divinement bien. Bonheur et rayonnement dans ce songe d’une nuit d’été.

FOALS, dans le genre efficace et sans fioritures, nous attrape aussi dans ses filets. Les poulains sont fidèles à leur réputation de groupe de scène. C’est simple, les anglais ne nous laissent pas une minute de répit et distillent un parfait mélange des titres phares de leurs albums, passant du sautillant Numbers, à l’aérien et suave Spanish Sahara, nous électrisant sur les riffs de Moutain at my Gate, tout en nous donnant de furieuses envies de “pogoter” sur What Went Down. Aucun moyen de sortir de cette foule agglutinée devant autant de fougue et de bestialité scénique.

Continuons sur cette belle lancée avec Iggy Pop. Torse nu et exubérant comme à son habitude, il nous bluffe par cette énergie solaire et inépuisable. Des tubes par wagons, qui s’enchaînent plus vite que l’éclair, l’Iguane nous étonne et nous épuise presque, regroupant tout un panel de générations, parents et enfants nourris dans le giron du rock, chantonnant I am a passenger, imaginant un poisson volant et Johnny Depp sur In the Death Car, ou courant à ne plus avoir de souffle pour fuir une vie morose avec Lust for Life. Incroyable.

Rubrique chauvine cocorico

L’univers poétique d’O nous caresse doucement le visage. Olivier Marguerit, échappée de Syd Matters, nous délivre une pop synthétique apaisante. Posés sur l’herbe, nous nous laissons prendre au jeu de ces chansons, et l’écoutons attentivement, comme des enfants devant un conteur. Se perdre dans la Rivière, sentir l’odeur du coton, livrer son cœur sans hésitation avec My Heart belongs to You, cette petite heure est un appel aux sens et aux émotions pour qui l’accepte. Grandement accepté de notre côté.

Grand Blanc propose un autre univers, plus brut et biberonné à Joy Division à n’en pas douter. Guitares saturées, voix froide et distante,  texte à la limite de l’absurde, on ne peut s’empêcher de penser à Niagara ou à La Femme, qui joue justement sur la scène à côté. Les titres s’enchaînent dans un joyeux bordel, avec un enfantin lancer de ballons d’eau pour Surprise Party, une envie nocturne d’un kebab pour Bosphore,  une petite virée électro punk très plaisante avec Verticool. Bref, le nouvel album de Grand Blanc est une petite tuerie et on adhère à cette énergie faussement nonchalante.

Casseurs Flowters, nos chouchous du moment. Orelsan et Gringe, derrière des airs de loosers finis, rassemblent les foules qui connaissent TOUTES les paroles de leurs titres. Véritable bouffée d’oxygène dans le paysage du rap français, on passe du rire aux larmes, avec des textes oscillant entre la désinvolture et la naiveté. Flow incisif sur Inachevés, partie folk émouvante pour Si facile, brutalité et CDs géants en polyester qui volent sur La Mort du disque,  hymne pour névrosés sur 06H16-des histoires à raconter, bref, les deux compères nous parlent de la vie, des galères et du tournant de leur carrière artistique. Tout ça avec une légèreté désarmante. Forcément on aime.

Meilleurs amis du dimanche

Dans cette catégorie, nous évoquons ces artistes qui nous paraissent indispensables pour éviter le fameux blues du dimanche.

Kevin Morby et sa jolie folk a définitivement enchanté notre début de journée, sous une chaleur encore écrasante. Sobre et précis, son univers proche de Leonard Cohen ou Bob Dylan, nous emmène loin, dans des contrées désertiques, en accord avec nous-même et la nature, les yeux fermés, l’esprit vagabondant et l’âme reposée. On regrette juste le peu de temps pour cette évasion karmique.

Le grand Grégory Porter, dans le genre don de soi qui entraîne la foule dans son sillon de bonheur, est parfait. C’est simple, le temps semble s’écouler plus vite que dans un sablier, tout le monde sourit et frappe en rythme dans ses mains, acclamant chaque titre. Moment de bonheur absolu sur No Love Dying et ovation pour cette sublime reprise de Papa was a rolling stone.

Et pour couronner cette lancée dynamique, direction le dance workshop party, pour tester les cours de danse hip-hop. Avec Dj Jim aux platines et le crew Undercover comme guide, nous voilà embarqués à apprendre une mini choré en cinq minutes,immédiatement mise en pratique sur un son avec de bonnes basses bien comme il faut. Saluons cette initiative et espérons qu’elle se renouvelle pour la prochaine édition.

Coup de cœur

Pour ce RES16, notre coup de cœur sera pour Aurora. Jeune poupée désarticulée, la norvégienne  dégage une force et une maturité désarmante. Voix claire et haut perchée, sensibilité à fleur de peau, Aurora rend cet instant magique, entourée d’un halo de lumière céleste, nous délivrant un message d’amour et de bonté pur. La version rock de Runaway finit de nous convaincre du talent de cette artiste. A suivre, à suivre, à suivre.

Cerise sur le gâteau

Le groupe anglais Massive Attack est une véritable madeleine de Proust. Belle entrée en matière sur Hymn of The Big Wheel, qui nous ramène à nos 13 ans,  et nous enveloppe d’une douce euphorie glacée. Le voyage se fait mystique, les écrans pixellisent des messages robotiques, et le live, plutôt épuré, déambule entre le mythique Angel, l’habité Voodoo in my blood en featuring avec Young Fathers, la visite éclair de Tricky sur Take it There, et se clôture sur le magnifique Unfinished Sympathy. Et toujours en fond, des images et des messages chocs qui ne nous feront pas oublier l’engagement politique du groupe, revenant sur les évènements traumatisants de ces dernières années, terrorisme, enfants réfugiés, brexit, recherche d’un sens à la vie et sortie de Justin Bieber d’Instagram. Même si nous regrettons l’absence de Teardrop, Paradise Circus ou encore Come near me, et de la fuite en masse des spectateurs venus peut être chercher une fin de soirée plus dansante, cela reste pour nous le meilleur moment du festival.  Point.

C’est donc le cœur serré et des souvenirs pleins la tête que nous quittons cette parenthèse musicale qui nous a transportée et enchantée pour cette 14ème édition. Et ce ne sont pas les 110 000 festivaliers qui diront l’inverse. Succès !

Rédaction : Anne-Lise Chrobot

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