Retour sur le Festival Chorus 2015

Festival Chorus 2015

Du 27 mars au 05 avril s’est tenue la 27ème édition du Festival Chorus des Hauts-de-Seine. Walkzine s’est donc rendu sur le parvis de la Défense pour deux soirées qui, annonçons le immédiatement, ont été exceptionnelles.

Le jeudi 2 avril était placé sous le signe de la découverte et de l’éclectisme. Entre EZ3KIEL et 2MANYDJS, qui respectivement ouvraient et clôturaient les lives, les finalistes du Prix Chorus 2015 se sont succédés sur la scène du Magic Mirror.

Mais d’abord, le trio tourangeau. Et c’est sous le Dôme, nouvelle scène située à deux pas, que cela se passe. Il est alors 19H30 et nous pénétrons dans le Nautilus. Ni plus ni moins. Ambiance sombre et cotonneuse, show lumière digne d’une attraction au Futuroscope, EZ3KIEL a mis le paquet pour nous en mettre plein la vue. Tel le capitaine Nemo, nous sommes au fin fond d’un océan mystique, bringuebalés entre la dureté des mélodies, l’urgence du tempo et l’espoir infini des nappes synthétiques, sur des titres évocateurs comme « L’œil du cyclone » ou « Born in Valhalla ». Le public, connaisseur et en masse est complètement envouté.

Il est alors 20h30, et nous nous dirigeons vers le Magic Mirror. C’est donc dans un décor digne d’un cabaret des années 30 que nous retrouvons les six groupes choisis pour ce Prix Chorus 2015.

BLOUM nous distille un subtil mélange entre des sonorités électroniques entêtantes, des chœurs hypnotiques, un riff de guitare sexy à souhait, le tout relevé par le son extrêmement doux d’une flûte traversière. Aérien à souhait.

En attendant ALPES, le maître de cérémonie – qui n’est autre qu’OLDELAF – rencontre quelques problèmes de micro, ce qui ne l’empêche pas de nous faire bien marrer et de nous chanter « La tristitude ». Les candides niçois ont quant à eux, été certainement biberonnés au rock d’Elvis, le démontre leur titre d’ouverture a cappella « Don’t Salt My Meal with Your Tears ». Harmonies vocales du plus bel effet sur des airs qui seraient parfaits pour un bal de promo américain. Court mais efficace.

Belle surprise de la soirée – avec les quatre beatmakers de COTTON CLAW – qui sera la première touche électro, mais quelle touche! En l’espace de deux tracks, à la fois subtils et directs, nous assistons à une véritable orchestration, chacun sachant exactement ce qu’il a à faire à quel moment. La technique parfaitement maîtrisée, la musicalité en plus. Il est alors impossible de ne pas secouer la tête et d’accompagner les balancements de corps des bisontins.

Changement de mood avec la pop enchanteresse de ROPOPOROSE. Cette histoire de famille (le frère et la sœur) se traduit sur scène par une belle symbiose. Multi-instrumentiste, le duo, sous une lumière chaleureuse, nous délivre une musique à la fois noire et légère, la voix fluette de Pauline laissant notre âme parcourir les méandres de notre subconscient, tandis que la batterie de Romain nous ramène à la réalité.

Et à la pop sucrée d’AGUA ROJA. On ne peut s’empêcher de s’imaginer comme les héroïnes d’une comédie romantique à l’écoute des deux titres de leur EP, « Summer Ends » et « The Motion ». Formation classique guitare-batterie-basse avec comme fil d’Ariane la voix suave et chaude de November (la chanteuse), cette pop aux accents 70’s est une invitation à l’évasion et se déguste comme une barbe à papa.

Last but not least, le groupe NUIT vient nous mettre en condition avant le live des frères Dewaele. Base électronique et accompagnement instrumental avec une omniprésence de la batterie et une voix trafiquée, cela n’est pas sans nous rappeler un certain NASSER, et c’est plutôt un compliment.

C’est la fin de cette finale, il est l’heure d’annoncer les gagnants qui repartiront avec 15000 Euros et succéderont à FEU ! CHATTERTON… Arrêtons le suspense de suite, c’est COTTON CLAW qui l’emporte. Quelques mots de remerciements, une grande émotion, une brève explication sur l’utilisation de la dote, notamment dans la création d’une scénographie qui est assez minimale actuellement et c’est la fin. Bravo à eux !

Pour nous c’est l’heure du clubbing avec 2MANYDJS, et c’est avec une certaine excitation que nous nous rendons sous le Dôme. Il faut le dire qu’on a eu un peur : entre un début de set un peu poussif, une coordination branlante entre les deux frères due à une toux omniprésente de David et l’absence d’écrans dans la salle présentant les pochettes des morceaux qui s’animent et qui auraient été des plus sympathiques (cf. leur projet radio SOULWAX), l’entrée en matière a été difficile. Mais la première impression n’étant pas forcément toujours la bonne, c’est sur le long terme qu’ils ont pu nous rattraper, nous avons pu jouer à notre jeu favori : reconnaître les morceaux pour chanter et danser dessus. Un joli mélange entre « Huarache Lights » d’Hot Chip, une version instrumentale de « Don’t you want me » de Human League, un petit « Girls » de Beastie Boys, et une bonne dose de Daft Punk, pour ne citer que ceux-là. Diablement entraînant. Nous nous éclipsons alors pour prendre le dernier métro dans une foule qui nous paraît assez dispersée dans ce grand espace. Tout vient à point à qui sait attendre, mais beaucoup n’ont pas attendu. Dommage pour eux.

De retour le samedi 4 avril au village de la Défense, avec une programmation aux petits oignons : THYLACINE, DEN SORTE SKOLE, CHASSOL, SKIP&DIE, KATE TEMPEST, RONE et YUKSEK en Dj Set. Oui, oui, tout ça.

THYLACINE, c’est la musique électronique intellectuelle, subtile, parfaite pour accompagner une session de danse contemporaine. Il est certes encore un peu tôt pour lâcher prise, mais on se laisse facilement embarquer par l’énergie positive et communicative du jeune homme, qui, seul sur scène avec ces machines et son saxo (magnifique solo), réussi à non seulement développer un monde imaginaire mais, également à nous le faire partager via des projections graphiques épurés et géométriques.

L’heure passée ensuite avec DEN SORTE SKOLE suit le même chemin : voyage dans des contrées orientales, de l’Inde au Pakistan, en passant par le désert marocain. Le duo de DJs samplers venu tout droit de Copenhague prône le mélange et le partage des cultures, et ce n’est pas notre voisine, qui semble être entrée dans une transe chamanique, qui nous dira le contraire.

Pas le temps de s’attarder, c’est l’heure de CHASSOL (Cf. son interview sur Walkzine). Et ce sera un véritable émerveillement d’enfant. Véritable visionnaire, le musicien compositeur a conçu son live comme une fusion entre la musique et la vidéo. Accompagné du batteur Lawrence Clais, c’est sous les sifflements des oiseaux doublé de son piano, qu’il commence la présentation de son dernier album « Big Sun ». Divisé en plusieurs actes, on entre alors dans le récit de ses pérégrinations. C’est une véritable ode à l’apaisement, nos yeux ne pouvant se décoller de ces paysages merveilleux mis en toile de fond. Nous partons en Martinique, aux Antilles, dans un carnaval chatoyant, où se mélangent des rencontres éphémères et insolites. Cette technique d’isoler les sons des vidéos pour ensuite les rejouer en direct et les sublimer est juste exceptionnelle et nous avons tous pu profiter de ce moment suspendu dans le temps.

Eclatement de la petite bulle pour SKIP&DIE. Energiques et généreux, les trublions se démènent comme de beaux diables dans des accoutrements colorés sur une musique originale, patchwork entre électro, dub et rock, le tout sous influence brésilienne. Le public est bien présent et sa joie est intense lorsque la chanteuse aux dreads peroxydés se précipite dans la foule, juste après nous avoir exécuté une chorégraphie digne d’une cheerleedear en chef. Bon, c’est le moment de la pause hot dog avant Kate Tempest.

Ah, KATE TEMPEST. Imaginez-vous juste, vous arrivez dans la pénombre, un groupe s’installe sur scène, commence par des boucles électroniques, et là, un flow incisif vous transperce le cerveau. Vous assistez à un véritable tableau avec une ribambelle de personnages, tantôt agressifs, tantôt désespérés, tantôt combattifs. Et vous restez bouche bée devant autant d’authenticité, avec cette musique si brute, ses émotions si palpables, et cette absence de filtres, les masques sont enlevés, enfin, et la vérité apparaît. Ça vous prendrait aux tripes, ça pourrait même vous mettre les larmes aux yeux sur « Bad Place For A Good Time » et nous, on vous comprendrait.

Quant à RONE, il débarque seul sur un vaisseau faisant office de table de mixage, et nous plonge aussi sec dans son univers peuplé de créatures étranges. Nous assistons là encore à quelque chose d’assez unique, un modèle parfait de la confrontation entre le ying et le yang, l’optimiste et le pessimiste, entre un Estragon et un Vladimir de Beckett, le tout ne faisant évidemment qu’un. RONE, tel un funambule, nous entraîne avec lui dans les recoins sombres de sa pensée, tout en introspection, avec des beats très lourds et massifs, dans un monde en noir et blanc. Et par moment comme des touches d’espoirs, les panneaux derrière lui deviennent multicolores et s’animent, sur « Parade » notamment. Mais ce n’est que pour nous replonger dans ses interrogations. Une boucle qui se répète, indéfiniment. Comme l’histoire de l’humanité.

Et ce sera le rémois YUKSEK, producteur, compositeur et DJ de la scène électronique française, qui se chargera de conclure cette soirée avec un set à la musicalité légère et dansante, qui sent bon le printemps et l’amour, et qui nous fait repartir en sautillant, sourires aux lèvres, comme d’éternels adolescents.

Rédaction : Anne-Lise Chrobot

 http://chorus.hauts-de-seine.net/

 

 

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