Retour sur le Festival “Les Femmes s’en mêlent” 2015

LFSM 2015

This Is the Kit + Rachael Dadd + Jessica Pratt / Mardi 24 mars

Le Divan du Monde, ce petit cocoon intimiste, nous accueille en ce mardi pluvieux pour la 18ème édition du festival « Les Femmes S’en Mêlent ».

En attendant le début du premier live, un écran nous livre un condensé des artistes présentes pendant ces 12 jours dédiés à la scène musicale féminine : Mansfiel.Tya, C.A.R, Robi, Maud Geffray etc… pour ne citer qu’elles. Ce soir, au menu : de la douceur, de la tendresse, du partage. On vous le donne en mille, une programmation folk.

Jessica Pratt, teint diaphane, cheveux blonds comme les blés, tout de noir vêtue, nous livre une prestation touchante, délicate et fragile, à son image. Venue présenter son deuxième album « On your own love again », l’américaine à la voix singulière a choisi la simplicité scénique : deux guitares, une ambiance tamisée, des lumières apaisantes, des histoires venues de la côte ouest. Idéale pour se détendre et s’imaginer sur un rocher au bord d’une rivière, la respiration profonde et le buste en avant. Une belle mise en bouche mélancolique à souhait pour faire le point avec soi-même.

Un changement de plateau plus tard, Rachael Dadd et son groupe investit l’espace. Et c’est une vague d’allégresse que l’on se prend alors en plein visage. On reste dans l’univers du folk, mais avec une pointe d’extravagance en plus. L’anglaise, qui avoue ne pas avoir l’habitude de jouer avec autant de musiciens, s’en sort haut la main. Et cette grande variété d’instruments, cuivres, guitares, flutes, synthés, batterie, amène une richesse musicale qui nous entraîne dans des univers oniriques et variés.

Les titres se succèdent et ne se ressemblent pas, passant du pêchu « Strike our scythes », à l’euphorisant « Make a sentence » ou le rassurant « Ballon », titre que la chanteuse introduit en nous annonçant qu’elle est enceinte de son homme musicien dans le groupe, qui lui a autant appris à être une artiste, qu’à être une mère. Love is everywhere. Petit coup de cœur pour le titre « Bounce the ball », avec la gestuelle intégrée, et des harmonies vocales parfaites. L’énergie circule dans toute la salle, puis la musique baisse petit à petit, les lumières également, les musiciens s’affalent doucement, comme happés par la terre. La parenthèse fantaisiste s’achève ici.

Dernier groupe de cette soirée, This is the Kit. Avec l’anglaise Kate Stables, on reste dans la même veine musicale que Rachael Dadd : bienveillance, harmonie des voix, cuivres, banjo, guitares. A la fois très drôle, notamment lors des silences pour accorder sa guitare qu’elle ponctue de blagues en français s’il vous plaît, et humble, on peut dire que nous avons été conquis.

Le troisième album, qui sortira début avril, mais dont nous avions l’exclusivité ce soir au coin « magasin », s’annonce comme une future petite perle, en témoigne le poignant « Bashed out ». Douceur aussi avec « Moon », entre la chaleur de la voix et le cuivre discret qui nous prend pourtant aux tripes. Le meilleur moment restera le titre « Earthquake », qui commence par un échange karmique à 3 voix des plus plaisants, cassé immédiatement par une basse et une guitare lourde et la voix de Kate telle une psalmodie, nous laissant dans un état quasi extatique, jusqu’à ce qu’elle et sa bassiste s’effondrent par terre, tout en continuant à jouer, entraînant la clameur du public. Joli final également avec le retour sur scène des trois musiciens de Rachael Dadd pour une chanson dans une communion heureuse et chaleureuse, qui se finit sur un joyeux bordel.

Sallie Ford + Courtney Barnett / Mercredi 25 mars

Le lendemain, même endroit, même file d’attente à l’entrée, à la différence près que cela s’annonce complet. Et on n’est pas pour déconner, qu’on se le dise. Autant le concert de la veille s’apparentait à une promenade onirique toute en légèreté, autant là, on est dans un monde dur comme de l’acier, folk versus rock en somme.

Avec des chansons courtes, énergiques, et efficaces, l’australienne Courtney Barnett ne donne pas d’autres alternatives que de sauter entièrement habillés dans l’eau glacée sans avoir eu le temps de se saisir. Mais pas de soucis pour ceux qui pensaient se refroidir, ses mélodies cinglantes ne nous laissent pas une seconde de répit. Venue présenter un mix entre son EP « A Sea Of Split Peas » et son 1er album tout fraîchement dans les bacs « Sometimes I sit and think and sometimes I just sit », Courtney nous impressionne et nous interpelle.

Elle arrive sur scène avec sa guitare, son bassiste et son batteur, qu’elle qualifiera d’ailleurs de meilleur batteur au monde plus tard, sans aucune introduction. C’est avec ravissement que nous observons une véritable boule d’énergie en mouvement, qui ponctue ses chansons avec des intermèdes teintés d’humour grinçant. Entre le tubesque « Avant Gardener », l’incisif « Pedestrian at best », ou le sublimissime cassant « Nobody Really Cares If You Don’t Go to The Party », nous n’avons pas même le temps de finir notre breuvage que l’impertinente Courtney s’en va, nous laissant avec ses mélodies racées en tête.

S’ensuit Sallie Ford, avec un nouveau groupe 100% féminin, made in Portland. Après avoir sortie deux albums avec le trio The sound outside, elle revient ce soir plus en forme que jamais pour nous prouver que le rock n’est pas (qu)’une question de sexe. L’intro à cappella de l’album « Slap Back », mélodieuse à souhait, nous montre la duplicité de la voix de Sallie, puissante et douce à la fois. Ambiance survoltée ensuite, malgré quelques problèmes techniques, coincée quelque part entre la folk, le blues, le swing, ou le grunge. Pas vraiment le temps de se poser trop de questions donc. Et bien que la foule soit plus réceptive sur les titres des anciens albums (par exemple « Danger »), le groupe est lui plus à l’aise sur les nouvelles compositions. Et comment résister aux riffs entêtants de « Coulda been », à la fermeté de « Workin’ the job », et pour finir définitivement sur une note grunge, à cette reprise de Nirvana  « About A girl » qui est resté ancré dans nos têtes bien des heures après. Avant de conclure, nous aimerions faire une spéciale dédicace à la jolie batteuse peroxydée qui a dégagé une énergie de dingue pendant toute la session : c’était beau.

Cette soirée nous démontrant donc par A+B un adage bien connu du grand public de la non moins connue Queen B : « Who run the world ? ». On vous laisse finir…

Rédaction : Anne-Lise Chrobot

http://www.lfsm.net/

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