Retour sur le Winter Camp Festival 2014

WCF

C’était par une soirée glacée de décembre, dans le quartier de Pigalle que se tenait la première soirée de la 3ème édition du Winter Camp Festival. Programmation éclectique avec Fyfe, Buvette (qui remplace au pied levé le groupe Ballet School) et Samaris.

En parfait petit écrin molletonné qu’est le Divan du Monde pour accueillir Fyfe et sa soul électronique, et puisque la salle n’est pas complètement remplie, on se faufile devant pour profiter de cette pause enchanteresse. C’est en effet le cœur et la guitare en avant que ce jeune homme à la voix angélique, accompagné d’un percussionniste, nous transporte en souplesse dans son univers cotonneux. Découvert de notre côté avec le planant « Lies », le londonien Paul Dixon déroule ses chansons les unes après les autres, sans intermittence. De l’altruiste « For you » au poignant « Holding on », Fyfe est comme un souffle d’air pur ou une élévation céleste qui nous permet de déconnecter complétement et de partir loin, très loin. Reste plus qu’à attendre l’album avec quiétude, en mars prochain.

Buvette aussi à son univers propre. Affublé d’une sorte de cape drapeau, il commence son live, ou devrait-on dire, son voyage cosmique, par des sonorités synthétiques mexicaines, puis décide de prendre le micro avec une voix d’outre-tombe clairement vocodée, tout en s’adressant à la salle tel un chaman. Petite avancée vers le devant de la scène, puis retour derrière les platines, jeu de cache-cache derrière les dites platines, cette mise en scène surprenante fait tilt. Et il faut dire que c’est diablement efficace car cela va de pair avec sa musique pour le moins inclassable, qui nous fait penser à un certain Koudlam. Génialissime « The good bye party » qui semble sortie de nulle part avec ce break mystique au son d’une flûte de pan, la musique de Buvette possède une absurdité qui la rend juste irrésistible. Et il s’en va comme il était arrivé, telle une apparition…

Samaris et sa pop islandaise lui succède. Les trois jeunes gens, deux filles et un garçon, tous blonds, arrivent à point nommé pour clôturer la soirée. Avec une voix à la Bjork accompagnée d’une clarinette et de sonorités électroniques, l’imagination s’emballe. Les basses parfois lourdes nous amènent sur des rivages glacés mais la voix lointaine nous guide toujours vers le rivage. La chanteuse nous parlera d’ailleurs d’étoiles, de lune, d’hiver, et il n’y a qu’un pas pour que la salle ne se transforme en cosmos géant. C’est très aérien, la pulsation du cœur à la minute s’effondre littéralement et une envie de flotter nous envahit. « Tibra », tiré de l’album « Silkidrangar » est onirique à souhait. Les applaudissements nous tirent de notre rêverie. Cette soirée nous a transportés ailleurs, dans une douce chaleur réconfortante et le réveil/retour en métro dans des températures négatives est bien difficile à gérer. Mais merci pour cette pause karmique.

Autre soirée, autre lieu, autre ambiance. Pour cette « carte blanche BRNS », c’est au Trabendo que le festival continue. Nous découvrons alors Juan Wauters sur scène. Enorme drapeau américain en toile de fond, guitare sèche, mélodie simple et folk, on écoute les chansons de son dernier album en date, N.A.P (pour North America Poetry) d’une oreille attentive. Situé entre un Syd Barrett pour les instrumentations ou un Mac DeMarco pour la légèreté de sa voix, ce live nous permet de voyager quelque part entre l’Uruguay et un bayou de la Nouvelle Orléans. Que ce soit sur « Water » ou « Sanity or Not », nous sommes rapidement convaincus par l’efficacité sans fioritures du chanteur.

Ce qui nous marque ensuite, c’est le timbre de voix de la chanteuse de She keeps bees. Entre le rauque et le cassé, celle-ci nous emmène dans une ambiance lourde et embrumée. Avec un fort penchant pour le blues mélancolique, c’est avec une douce langueur que l’on s’aventure dans une sombre forêt avec le duo new yorkais. Le sublimissime « Owl », titre phare de « Eight Houses » prend une dimension céleste avec ses orchestrations cuivrées et nous scotche sur place.

Mais la vraie surprise de cette soirée sera sans hésitation le duo suisse canadien Peter Kernel. Entre Barbara Lehnoff et Aris Bassetti, c’est la fusion totale ! Rajoutons à cela une batterie omniprésente et une énergie de scène quasi orgasmique, les instincts les plus primaires sont ici satisfaits. On se sait plus où donner de la tête, chaque titre est une boule d’énergie en puissance, teinté par un humour flagrant et un amour de la Pataprout du chanteur. Entre l’enragé « Anthem Of Hearts », le fataliste « We’re not gonna be the same again” ou le doux amer “Your Party Sucks”, premier extrait de Thrill Addict – leur troisième album -, ce live sera tout simplement le meilleur de la soirée. Barbara chante à s’en péter les cordes vocales sur des riffs rapides et énergiques, tandis qu’Aris lui, calme le jeu avec une voix plus douce en background. Seule ombre au tableau, nous n’aurons pas eu ce soir le plaisir d’entendre « Panico ! This is love » malgré les sollicitations de la foule.

C’est donc dans cette ambiance survoltée qu’arrivent les MC de la soirée BRNS (prononcer « Brains »). Le groupe bruxellois, qui s’est d’abord fait connaître via la toile, est par contraste beaucoup plus posé que son prédécesseur. L’ambiance se veut d’abord poétique et aérienne, pour s’envoler vers des cimes lointaines et retomber plus loin avec majesté notamment avec le merveilleux « My head is into you » ou le touchant « Void ». Mais BRNS sait aussi nous sortir de notre torpeur en nous emmenant gaiement à « Mexico » notamment. Et ce sera sous une pluie d’applaudissements que les quatre compères laisseront place à la froide pluie parisienne, l’âme mélancolique mais le cœur bien au chaud.

Rédaction : Anne-Lise Chrobot

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s