Congopunq, l’interview

congo-punqNous les avions vus se livrer à une battle musicale avec Hervé Salters du groupe General Elektriks à la Bellevilloise lors des soirées Good Prod en mai 2012, puis à la soirée d’inauguration de la Fabrique à rêves au 6B. Cyril Atef et Constantin Leu aka Congopunq, viennent de sortir leur deuxième album “No guns more drums“. A quelques jours de leur concert au Nouveau Casino, ce 23 avril, c’est dans la maison de Cyril que ce duo déjanté nous a accueilli, pour parler de leur actualité, de leur parcours, de leurs influences…

Congopunq présenté par Cyril et Constantin, ça donne quoi ?

Constantin : C’est donc Cyril Atef qui est à la batterie, aux samples, percussions et moi-même Dr Kong, à la performance. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est la performance, c’est quelque chose qui se passe avec le corps et des objets, entre la danse et la sculpture.
Cyril : C’est un grand défouloir pour le public – il y a beaucoup de participation de la part du public – autour de la transe congolaise, mélangée à l’énergie funk et l’énergie punk bien sûr, sans pour autant jouer des trucs violents pour du « stage diving »… C’est un peu une transe. Une « trange », comme on dit.
Constantin : Voilà ! On a inventé le concept de « trange ». On est entre la transe et l’étrange.
Cyril : Le premier album est sorti en 2008. Il était assez sauvage, basé sur des rythmiques congolaises. Ce deuxième album « No guns more drums » est plus structuré « pop ».
Constantin : Moi ça m’a rappelé dans les énergies, quelques sons « Parliament Funkadelic ». Il n’y a pas que ça, mais il y a vraiment un son funk.

Cyril, tu es né à Berlin, tu as grandi à Los Angeles et tu vis à Paris… d’où te vient donc cet intérêt pour les musiques africaines et la transe ?

Cyril : Quand je vivais à Los Angeles, je jouais beaucoup dans un club qui s’appelait le Flaming Colossus. C’était devenu un club hyper branchouille, avec toutes les stars hollywoodiennes de la musique et du cinéma. Je jouais régulièrement avec mon ami Tommy Jordan et son groupe qui s’appelait CoCu « Collaborating Cultures ».
A cette époque là, je sortais de la période punk hyper violente, j’étais dans ma période reggae. J’allais souvent aux concerts avec ma mère, ce qui était drôle car elle trippait sur ça aussi, elle était assez excentrique. Et j’ai commencé à écouter dans ce club où on jouait, un DJ qui passait de la musique qui venait de France, à la fin des années 80. J’ai découvert le Raï. Le premier titre c’était N’selfik de Cheb Fadela et Cheb Sahraoui et j’ai découvert Mori Kanté avec Yéké Yéké, un gros tube. J’ai commencé à découvrir ces sons qui sortaient de Paris et je m’intéressais de plus en plus à ces musiques là. J’ai eu la chance de voir Fela en 86 ou 87 à Los Angeles et je me suis pris la claque de ma vie… Ce nouveau concept musical, ça m’a… c’était complètement décalé. Une transe permanente avec 2, 3 morceaux qui duraient 50 minutes, 1 heure chacun… Il fumait des gros pets au bord de la scène, il y avait des meufs qui dansaient non-stop, un orchestre de cuivres… C’était… Un tapis rouge. J’ai donc commencé à écouter plein de disques de plein de pays différents. En tant que percussionniste, je pense qu’on est vraiment lié à l’Afrique. De toute façon, on a tous été africain il y a des millions d’années et je crois que la « maison-mère » m’a appelée !


Quels sont donc les artistes congolais que tu pourrais nous recommander ?

Cyril : Konono n°1, c’est un peu l’influence première de Congopunq. Kasai Allstars. J’aime beaucoup les musiques tradi-modernes qui sont sorties sur le label belge Crammed Discs. Franco et OK Jazz. Un des plus grand guitariste de rumba zahïroise. Papa Noel Nedule. Diblo Dibala. Papa Wemba. Dans les récents, Werrason, Ferré Gola, JP M’Piana… De mon point de vue, ça c’est un peu appauvri mais pour moi, les meilleurs guitaristes en Afrique, ce sont les congolais. La rumba zahïroise c’est tellement une musique dansante et puissante, avec son jeu de guitare. Il y a le groupe Jupiter & Okwess qui est vraiment intéressant, Staff Benda Bilili aussi qui est touchant.

Constantin, tu connaissais également ce répertoire africain quand vous avez décidé de vous associer?

Constantin : Très peu. Je connaissais Fela, je connaissais quelques musiques traditionnelles grâce à la fameuse collection Ocora. Toutes les polyphonies pygmées… c’est toujours extrêmement fascinant ! Puis bien sûr, quelques musiques d’Afrique du Sud. Et aussi ces langues particulières… le Peul, le xhosa. C’est dingue ça, c’est unique au monde ! … Mais ça n’est pas mon substrat musical. J’écoute surtout de la musique contemporaine : Messiaen, Benderecki, Ligeti ou des classiques comme les Sonates pour piano de Beethoven… et pas mal de jazz quand j’épluche les légumes ! … Blague à part, pourquoi je parle de la cuisine ? Parce que la performance procède de là, aussi. Souvent, je faisais à manger sur scène et je pense que ça va revenir. Partager quelque chose et cultiver tous les sens… Les papilles, c’est important ! Chez moi, quand je cuisine en écoutant de la musique, je peux même danser. ça peut devenir délirant. Je peux balancer de l’eau, frapper sur la hotte, remuer les tiroirs, pousser quelques vocalises…


Deux univers différents qui mènent au projet commun Congopunq. Comment s’est produite votre rencontre ?

Cyril : Dans la cave de cette maison ! Un ami, Olivier Urman, vivait ici et il sous-louait des chambres dans les années 90. Moi je suis arrivé au début des années 90. On a commencé à faire la fête ici, régulièrement…
Constantin : Ils faisaient la fête et ils invitaient du monde. Olivier me dit « Descends, il y a un studio ». C’est là que j’ai vu Cyril pour la première fois et les liens se sont tissés, de fêtes en fêtes, jusqu’à la création de Bumcello. J’étais au concert dans la salle, je dansais. Cyril m’a demandé de monter sur scène… et puis quand il a décidé de créer Congopunq – projet solo musical – il m’a dit « Viens sur scène, fais ce que tu veux, vole-moi la vedette… » et ça, c’est irrésistible comme proposition ! C’était en 2004 et ça fait donc 10 ans que le groupe existe. Au départ, c’était complètement improvisé, de part et d’autre, jusqu’au premier disque en 2008.

Cyril, on te connaît effectivement à travers Bumcello avec Vincent Segal et de nombreuses collaborations (Mathieu Chedid, Julien Lourau, l’Orchestre National de Barbès, Alain Bashung, etc) … mais qui est Dr Kong ?

Constantin : Moi, je ne suis personne. Je n’existe pas. Je voulais devenir transparent, invisible. Peut-être que maintenant j’y ai renoncé…

Mais en ce moment même, c’est Dr Kong qui parle ou Constantin ? …Voire Dr Kongstantin ?

Constantin : Ahah… C’est plutôt Constantin ! Mais comme je suis entrain d’exister, il va y avoir un équilibre entre les deux. Derrière le Kong, il va y avoir un Constantin subliminal pour 2014-2015. Je l’annonce !
Je viens des arts déco. Mes parents étaient dedans. Du théâtre. De la danse contemporaine parce que ma femme était dans ce domaine. J’ai donc trainé mes guêtres dans tous ces milieux. Et dans le cinéma alternatif, aussi… Et actuellement, j’ai plusieurs projets où je suis performeur. Que ce soit dans la danse avec une jeune chorégraphe qui s’appelle Eva Klimackova, de la compagnie E7KA, ou avec un vieux briscard de la danse contemporaine, Frédéric Werlé qui lui a dansé avec Decouflé, Chopinot, Prejlocaj… il y a une création dans un mois.

Cyril, tu es le seul à intervenir dans le processus créatif musical. Mais comment se passe le processus créatif scénique ?

Constantin : Jusqu’à présent, c’était improvisé et moi j’intervenais dans la performance, qui se situe entre la danse et la sculpture, avec des objets qui étaient – à l’instar des musiciens de free jazz – comme une grille. Et généralement, j’utilise la moitié à peine, voire un tiers des objets. Il y en a que je choisi, que j’amène, qui disparaissent parce que les gens les emportent en guise de souvenir, d’autres qu’on me donne, d’autres enfin que je trouve sur place, en fonction de l’esprit du lieu. Et avec tous ces objets qui peuvent aller du bougeoir au balai, en passant par des pneus, des planches, des plumes, je construis et j’élabore cette performance… J’ai digéré situationnisme, mouvement Fluxus, Dada, surréalisme et ça donne ça.
Pour le nouveau show, c’est plus structuré, plus scénarisé autour de chaque chanson. Il y a des tableaux, donc des formes qui sont créées mais malgré tout, il reste un cœur improvisé avec les objets que je trouve sur place.

Un dernier mot pour conclure cette interview ?

Constantin : Pour moi, il n’ y a jamais de dernier mot ou alors pour moi, c’est un silence… et à l’intérieur du silence – on l’a dans Density 21,5 de Varèse – la qualité de ces silences peut avoir la même qualité que le dernier mot, qui est inexprimable.


Alors… Silence.

Cyril et Constantin sont habillés par le styliste américain Rick Owens, installé à Paris depuis une dizaine d’années.

Isabelle Pares

Remerciements à Maxime Pascal et Maxime Peron.

https://www.facebook.com/CongopunQ

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