Belmondo Family Sextet, l’interview

Dans la famille des musiciens Belmondo, certains d’entre vous connaissent le trompettiste Stéphane. D’autres, le saxophoniste Lionel. D’autres encore ont pu découvrir Les Frères Belmondo dans leurs projets communs… De là à ce qu’ils rendent hommage à leur père Yvan en l’invitant à enregistrer l’album Mediterranean Sound, il n’y avait qu’un pas !

Une bien jolie histoire de famille dont nous avons voulu percer quelques secrets. Après 48h de promo. bien remplies, c’est dans les bureaux du label Discograph qu’ils nous ont accordés une ultime interview. Ambiance bon enfant, chamailleries et franches rigolades… de quoi finir la journée en beauté!

A noter que le Belmondo Family Sextet est en concert au Duc des Lombards (Paris) ces lundi 9 et mardi 10 décembre.

BFSComment décide t-on de créer un projet musical en famille ? Il s’agit d’un projet de longue date ou cela s’est fait de façon spontanée ?

Yvan : C’est arrivé sans que vraiment on le prévoie. Après tant d’années de contact en famille, s’est posée la question : « Est-ce que tu penses que… ? » et ça a été trois « Oui » ! … Lionel s’est donc mis à écrire.

Lionel : Cet album « Mediterranean Sound » – comme beaucoup d’autres albums d’ailleurs – n’était pas prémédité dans le sens où ça n’était pas conceptualisé. On a pas cherché à faire un truc commercial. On s’est fait plaisir. Ça nous fait plaisir, ça fait plaisir à mon père, aux trois autres musiciens – le guitariste Jean-Philippe Sempere, le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Jean-Pierre Arnaud – ça faisait plaisir à Christophe Dal Sasso d’enregistrer le disque, ça faisait plaisir à tout le monde de se retrouver dans la salle de musique où on a passé tant d’années et où les murs vibrent encore des notes qu’on a jouées et des conneries qu’on a pu dire… Tout ça s’est fait dans une ambiance particulière ! Au départ, l’idée était d’en faire un vinyle. Tout a été enregistré de manière acoustique, donc en plus du Cd, on a pour projet de sortir un vinyle en édition limitée.

BFSEt comment  le répertoire de cet album “Mediterranean Sound” a t-il été défini ?

Yvan : J’ai choisi ces titres tout simplement parce que c’est le jazz que j’écoutais quand j’étais gamin et que je suis imprégné de cette musique. Et c’est d’ailleurs peut-être le cas de tous les jazzmen de mon époque, parce qu’on avait pas la diversité d’écoute qu’ont la chance (ou la malchance) d’avoir les gosses d’aujourd’hui. On écoutait la radio, on ré-écoutait… Ces standards ont été enregistrés par tous les musiciens de la terre. Il n’y a qu’à voir le nombre de versions de ces titres… Ils sont rentrés dans mon oreille et y sont restés.

Au milieu de tous ces standards de jazz, on retrouve une version de la “Méditation de Thaïs” de Massenet… Pourquoi ce choix ?

Yvan : Tout simplement parce que dans toutes les œuvres classiques – quelles soient un opéra, une ouverture, un concerto – il y a toujours un thème qui pourrait être une œuvre intéressante à réharmoniser, à retravailler. On pourrait faire un album entier basé sur un seul thème classique.

Lionel : C’est également une sorte de clin d’œil, une façon de dire « N’oubliez jamais que la musique que vous appelez « jazz » et les mélodies qui ont évoluées dans l’univers du jazz, sont des mélodies tirées du classique ». J’avais déjà entrepris ce travail avec Lili Boulanger et Maurice Duruflé, dans l’Hymne au Soleil il y a 10 ans… Il ne faut pas oublier quand même que des mecs comme Shorter, Coltrane, etc. écoutaient cette musique là et grâce à une partie de cette musique française, ces gens là ont pu ouvrir de nouvelles voies, de nouvelles structures, etc… Sans parler du fait que cette mélodie est magnifique !

C’est donc un album conçu et joué en famille, mais je crois savoir que cet héritage musical remonte plus loin encore…

Yvan : J’ai reçu des connaissances musicales de la part de mon grand-père et de mon oncle. Cet héritage a continué avec les enfants (Lionel et Stéphane), et ça continuera sûrement avec les petits-enfants… J’ai reçu un enseignement normal, j’ai été en cours au conservatoire. Mais avant cela, j’avais un grand-père qui était un immense musicien et qui avait étudié la musique en Italie, chez les Frères. Il jouait de l’orgue, il était ténor et chantait à l’église tous les dimanches. J’étais très attaché à cet homme, il me racontait des anecdotes d’opéras italiens. Il est venu en France pour gagner sa vie, et dans le petit village où je suis né, il s’est installé comme cordonnier car il avait également appris la sellerie et la cordonnerie. J’avais 5, 6 ans et il m’enseignait la musique… J’ai commencé comme ça.

Et puis, il y avait mon oncle aussi. Avec lui, j’ai vraiment travaillé. L’ambiance était très cool avec mon grand-père, il avait peur de me froisser. Par contre, avec l’oncle ça ne rigolait pas ! Mais ça m’a beaucoup aidé. J’en suis ressorti avec beaucoup de connaissances… ça fait donc 5 générations de musiciens dans la famille.

BFSYvan, l’éducation et la transmission musicale ont donc une place de choix dans votre vie. Vous avez d’ailleurs créé une école de musique dans le Var (Solliès-Toucas) dans les années 70. Que pensez-vous de l’enseignement musical actuel en France ?

Yvan : ça n’est pas « Après un rêve* » mais « Un rêve » que je souhaiterais exaucer, si j’en avais le pouvoir ! Dans toutes les écoles de musique et les conservatoires, j’ouvrirais les classes à tous. Il s’agirait d’écoles de musiques « populaires » dans lesquelles on recevrait tous les jeunes qui veulent faire de la musique. Pas comme c’est souvent le cas à l’heure actuelle : « Inscription pour tel instrument ? Ah désolé, c’est complet ! ».

Avant même qu’ils aient à choisir un instrument, je réunirais ces gosses dans un auditorium pour qu’au moins deux fois par semaine, un instrumentiste joue un extrait d’œuvre en leur expliquant comment c’est fait. Pianiste, flûtiste, violoniste, hautboïste, etc. De sorte qu’une fois qu’ils aient découvert tous les instruments et écouté les explications, ils puissent faire leur choix et s’inscrire… C’est d’ailleurs ce que j’ai fait à l’école de musique de Solliès-Toucas. Evidemment, tout cela n’est que le début…

Lionel : À ce sujet, je me permets un aparté car ça me rappelle l’action du directeur du magasin Feeling Musique, Jean-Claude Decalonne. Ce qu’il a fait au départ, c’est qu’il est allé dans les collèges des banlieues et de certains secteurs défavorisés. Il leur a donné trente instruments pour les sensibiliser à l’art. ça a été compliqué pour des raisons politiques notamment, mais je crois qu’il existe malgré tout, une trentaine de classes-orchestres en France, à l’heure actuelle !

BFSPour conclure cette interview, quels sont vos projets respectifs ?

Stéphane : Je pense qu’avec mon père, on va avoir d’autres projets, dans pas longtemps, d’ici un an peut-être… J’ai également deux projets dont un en commun avec Jacky Terrasson. On va faire une tournée pendant quelques mois, donc on va faire un enregistrement live. Et puis j’ai un projet en rapport avec la musique traditionnelle de la Réunion. Projet qui s’appelle « Tambours battants » qui réunira deux percussionnistes africains, un joueur de djembé, un percussionniste brésilien, peut-être un joueur de guembri et un bassiste. Il sera créé lors de l’ouverture d’un festival à la Réunion.

Lionel : On va aussi sortir avec Stéphane, un album qu’on a réalisé il y a 12 ans. On avait enregistré en big band « Love Supreme » de Coltrane et pour de multiples raisons, ce disque n’est jamais sorti avant. Il sortira donc au mois de mars sur le nouveau label participatif Jazz&People créé par Vincent Bessières.

 https://www.facebook.com/belmondofamily

http://www.discograph.com/belmondofamily/

Duc des Lombards 

Remerciements à Xavier Chezleprêtre et Discograph.

Copyright Photos : Laure Giacobbi.

* Référence au titre “Après un rêve”, d’une mélodie de Gabriel Fauré.

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