Keziah Jones, l’interview

KJEn mai dernier, je rencontrais Keziah Jones lors de l’inauguration de la NollywoodWeek  (Festival de cinéma nigérian), à Paris. Quelques mots échangés et la promesse qu’il nous consacrerait un peu de son temps, à son retour dans la capitale, afin de nous parler de son album à venir…  Parole tenue. Le rendez-vous était pris en juillet, alors qu’il se produisait en showcase privé, quelques jours avant sa prestation au Festival Fnac Live... C’est donc un soir d’été, à minuit passé sur la terrasse du Nuba – célèbre club parisien – que Keziah nous a présenté son opus « Captain Rugged » qui sort le 18 novembre prochain.

KJ

Ton nouvel album « Captain Rugged » sort en novembre. Dans quel état d’esprit a t-il été créé ?

J’ai tenté de réaliser un album psychédélique africain. Peut-être connais-tu George Clinton ou Fela Kuti pour ne citer qu’eux… Il s’agissait de mêler la musique psychédélique au rock afro. C’est le son de cet album.

Le concept de l’album quant à lui, repose sur un personnage principal appelé Captain Rugged, qui est une sorte de super héros africain, de super héros nigérian. J’utilise ce personnage pour parler d’un tas de choses, aussi légères que sérieuses, allant de la politique à l’immigration, en passant par les relations humaines à travers le monde.

Tu parles d’ « afro rock » et tu es connu pour avoir inventé le « blufunk ». J’aimerais que tu nous expliques ces deux notions.

Le « blufunk » est une technique de jeu de guitare. Elle peut être introduite dans le rock, la soul, le blues… Le « blufunk » est une façon de tout jouer en même temps : basse, guitare, percussions. Quand je parle d’ « afro rock », je mets ma technique du « blufunk » au service de la musique rock afro psychédélique. Je qualifierais l’ « afro rock » quant à lui de musique énervée, difficile, un peu dure avec des riffs colorés. Il y a beaucoup de puissance et d’énergie dans ce style de musique.

Pourquoi s’être basé sur ce concept de bande dessinée et de super héros ?

Je pense que la meilleure façon de raconter une histoire, c’est de le faire sous forme de bande dessinée, de roman graphique. Une chanson peut raconter une histoire, mais lorsque tu lis et vois les images d’une bande dessinée, tu emmagasines plus d’informations. Il y a un célèbre dessinateur de BD appelé Joe Sacco. C’est un journaliste américain qui est allé en Palestine et qui a retracé ce qui se passait dans ce pays – le conflit israélo-palestinien – à travers une série de BD. On peut ainsi raconter de façon plus légère et drôle, des choses parfois très sérieuses et graves…Comme au Nigeria, comme Lagos. De la même façon, j’ai ressenti le besoin de raconter sous forme de roman graphique, l’histoire de l’état de Lagos qui jusqu’à présent, n’a jamais été représentée sous cette forme. Ce projet n’est donc pas simplement qu’un concept artistique, puisqu’il a une véritable dimension pédagogique. Montrer une réalité et l’expliquer de façon simple et accessible, à travers des illustrations.

KJ

Tu étais présent à la première édition du NollywoodWeek Festival à Paris, en mai dernier. En quoi c’est important pour toi que le cinéma nigérian soit connu du public international ?

Tout comme la Jamaïque a un son identifiable, Cuba a une musique identifiable, New-York a une image identifiable… Lagos a définitivement un son, le Nigeria a définitivement une image. Nollywood représente la première industrie cinématographique africaine.

Il est donc important pour moi de m’identifier en tant que Nigerian, en tant qu’Africain et de représenter la culture contemporaine. Nous sommes modernes, futuristes et nous avons énormément de choses à montrer que ce soit dans la mode, dans la musique ou dans le cinéma. C’est un phénomène assez récent et il est nécessaire de montrer au monde, que le Nigeria a une offre culturelle conséquente. Il était donc normal pour moi d’être présent à cet événement.

Nollywood Week KJOn parle musique, cinéma mais j’ai cru comprendre que tu peins également. Tu as déjà songé à réaliser un projet mêlant tes œuvres musicales et picturales ?

 Hum… j’écris, je joue, je peins… mais je ne suis pas un peintre. La peinture me permet d’exprimer certaines choses mais je ne suis pas un peintre, en ce sens que je n’expose pas. Seuls certains de mes amis ont vu mon travail, mais ça reste assez secret.

C’est la raison pour laquelle je préférais faire appel à des artistes professionnels pour la réalisation des illustrations de la BD, afin d’être entouré et de refléter mes pensées musicales, au mieux.

KJEn dehors de la sortie de cet album, quels sont donc tes autres projets ?

J’ai construis un studio ces 6 derniers mois au Nigeria, pour faire une école de musique et enseigner la guitare aux enfants. J’enseigne déjà sur Internet, mais je voulais une école réelle. L’idée étant de produire par la suite d’autres artistes, là-bas…

Quel serait ton dernier mot pour conclure cette interview ?

Mon dernier mot est « rugged »  (robuste, solide). Ce mot est fort et connu de tous en Afrique, car nous avons besoin d’être « rugged » pour survivre, pour exister, pour voyager et parcourir les terres… pour aller à l’école, pour nettoyer les rues, laver le métro, les toilettes… peu importe le moment, la situation, notre statut. Je crois que s’il ne fallait retenir qu’une seule chose, c’est que quelque soit notre vécu, notre expérience, il y a un « rugged super hero » en chacun de nous et si tout le monde en avait conscience cela permettrait de faire bouger les choses bien plus vite, d’avancer plus encore !

Keziah Jones

NollywoodWeek Paris

Le Nuba

 Copyright Photos : Cheick Touré (Interview au Nuba) /  Isabelle Pares (Instagram)

Traduction : Cheryl Ruschke.

Remerciements à Harry Pickett et Serge Noukoue.

3 thoughts on “Keziah Jones, l’interview

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