Terakaft, l’interview

 Le 4 avril dernier, Fip invitait Peter Von Poehl et le groupe touareg Terakaft pour un concert public exceptionnel au légendaire studio 105 de la Maison de la Radio. A cette occasion, deux des membres de Terakaft ont eu la gentillesse de m’accorder un peu de leur temps, afin de parler de blues Touareg, de leur troisième album et de leur vision des événements au Mali. Un moment privilégié dans leur loge, avant de les retrouver sur scène pour une prestation retransmise sur les ondes de la radio Fip et sur Arte Live Web.

Leur programmation aux Nuits Zébrées de Radio Nova, ce vendredi 21 juin pour la Fête de la Musique à La Bellevilloise était donc l’occasion de vous livrer enfin cette interview.

Terakaft 2Terakaft signifie Caravane, en langue touareg mais le choix de ce nom de groupe semble dépasser la simple invitation au voyage.  Je me trompe?

Non. La caravane c’est un phénomène très présent dans notre communauté, car les gens se déplacent en caravane. C’est le reflet de notre identité. Une façon de montrer que l’on n’est pas attaché à une terre, mais que l’on est plutôt adepte de nomadisme.

Vous jouez du blues Touareg. A quelle époque a été créé ce genre musical?

Il a été créé dans les années 80, pendant l’exode. A l’origine de cette musique, il y a Ibrahim ag Alhabib de Tinariwen, le leader actuel et  Intayaden qui est décédé.

C’était un mouvement – que l’on appelle le shumar – de jeunes exilés qui se sont retrouvés soit en Lybie, soit en Algérie. Ils ont découvert la guitare électrique et par manque d’emplois, il se sont mis à chanter la nostalgie de leur pays, et on mit en musique cette nostalgie, à l’aide de leur guitare. C’est de cette façon qu’est né le blues Touareg.

Terakaft 3

Justement quand on découvre Terakaft, on pense inévitablement au groupe Tinariwen (cf. article). On pourrait donc imaginer que vous êtes des « concurrents » mais lorsqu’on lit votre histoire, on se rend compte qu’il s’agit presque d’une seule et même famille… Quelle relation entretenez-vous avec ce groupe ?

Effectivement Tinariwen et Terakaft, c’est la même famille. Ce sont les mêmes frères. On est dans la même région, on a des activités communes, on loge les uns chez les autres. On ne peut pas dissocier Terakaft et Tinariwen parce que les co-fondateurs de Terakaft sont des membres de Tinariwen. Il n’y a qu’en Europe que l’on sent qu’il s’agit de deux groupes distincts, chez nous ça n’est pas le cas. On est très unis et très soudés. On joue ensemble, on a commencé ensemble la guitare… Terakaft est une véritable continuité de Tinariwen.

Parlons de votre troisième enregistrement. Que signifie Kel Tamasheq et de quoi parle cet album?

Ça veut dire « Peuple touareg ». L’album parle de ce que l’on vit, nous. De ce que l’on regarde. De nos communautés touaregs, de nos errances, de nos exodes, de nos goûts, de nos attentes, de notre vision du monde. C’est une vision du monde commune pour nous les Touaregs, parce que l’on aspire à la liberté, à l’épanouissement dans le désert, sans contrainte aucune.

Quelle est justement votre vision de ce qu’il se passe au Mali ?

La situation au Mali est vraiment désolante. Ce n’est pas un phénomène vraiment souhaité. Ce sont des problèmes politiques qui existent et qui ont toujours existé parce que le peuple Touareg se sent marginalisé, complètement exclu des différents territoires dans lesquels il est, que ce soit au Mali, au Niger, en Algérie, en Lybie…

Je suis vraiment contre ce qu’il se passe dans notre pays actuellement. Il faut savoir qu’il n’y a pas d’amalgame à faire entre les Touaregs et le terrorisme… On a jamais été pour une religion radicale. On a toujours cohabité avec les Catholiques, les Protestants… Il y a un problème politique qui a toujours existé depuis l’Indépendance, entre le gouvernement malien et le peuple Touareg. On a aucun problème avec le peuple malien dans sa diversité. On est une très grande famille dans le Mali… Il y a un problème politique entre le Sahara et le Sud du Mali. Il n’y a pas de problème entre les Touaregs et le reste du peuple malien…

Et vous en tant qu’artiste, vous avez un message à transmettre ?

On ne parle pas de cela dans notre musique. Notre musique est pour le peuple Touareg, par le peuple Touareg. Donc aujourd’hui, lorsque l’on joue dans le monde avec Tinariwen ou Terakaft, notre objectif est de faire connaître la culture touareg.

Que voulez-vous dire par “connaître la civilisation Touareg” ?

Comprendre qu’il y a un peuple minoritaire sur la Transsaharienne, qui vit mais qui est en voie de disparition… Qui a une culture. Qui a une écriture proche de l’alphabet chinois. Pour moi, il représente le plus jeune peuple car on est des descendants berbères. Si l’on part du principe que l’Afrique est un continent noir, on est alors la plus jeune civilisation en Afrique…

Notre objectif est donc de continuer à faire connaître, à transmettre la civilisation Touareg sur les différentes scènes qu’on aura l’occasion de fréquenter.

Terakaft

Copyright Photos : Arthur de Tassigny

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Terakaft_Fip/

http://www.deezer.com/fr/artist/54490

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s