Hugh Coltman, l’interview

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“Stories from the safe house”
a tourné en boucle dans mon Ipod, plusieurs hivers durant et il n’est pas improbable que j’écoute une énième fois encore, la superbe interprétation de “Ballad of the sad young man” de Hugh Coltman. Il faut dire qu’en matière de “covers”, Hugh sait y faire… mais pas seulement. Son nouvel album “Zero Killed” tout en émotion et finesse, nous prouve une nouvelle fois son talent d’écriture et sa sensibilité… Un bon prétexte pour le retrouver autour d’un verre dans le quartier de Belleville afin de parler de ses collaborations, de ses remises en question et de ses projets.

Hugh nous nous étions déjà rencontrés en décembre dernier. Que s’est-il passé dans ta vie artistique depuis ?

Pas énormément de choses! Je suis en train de créer un petit studio parce que bosser à la maison, ça devient compliqué. Mais le plus grand projet de l’année, ça a été de collaborer avec Eric Legnini. Ça fait à peu près un an que je tourne avec Eric et ça continu. J’enregistre bientôt sur son nouveau disque. On a composé les morceaux, je chante sur 3 chansons. Il y a aussi Mamani Keita et je crois que Fink chante également sur un titre. J’adore ce mec (Eric), j’adore son groupe… Les mecs, ils jouent à mort et il n’y a aucun égocentrisme. Ils sont hyper simples et c’est juste un régal ! C’est cool aussi parce qu’on joue dans plein de lieux, le public est donc différent aussi : des fois, c’est lors de festivals gratuits donc ça popularise le jazz, dans les rues etc. C’est vraiment chouette !

Tu as retenu des moments particulièrement forts lors de tes concerts ?

Concernant mes projets perso., on a fait qu’un seul concert à la Flèche d’Or avec les nouvelles chansons. C’était la première fois qu’on les présentait en public et à un moment lors de la chanson « Isolation », il y a quelqu’un dans le public qui a hurlé : « Cette chanson, c’est un truc de ouf ! » C’était dingue. Lors du premier disque, j’avais fait beaucoup de café-concerts, de choses comme cela, alors que pour celui-là, il y a beaucoup de chansons qui n’ont jamais été jouées devant le public et c’est une chose étrange pour moi. Ce concert, c’était donc un moment fort pour moi… Voir que ces chansons passent, que ça plaît aux gens. Et puis, il y a eu le clip de « The End of The World » réalisé par mon ami Marc Obin, avec Pierre Richard… ça c’était, un moment fort !

Je me doute bien mais on y reviendra après ! Concernant tes collaborations, j’ai pu voir que tu avais joué avec un orchestre symphonique lors du Festival de Musique classique de Saint-Riquier. Comment un tel projet a eu lieu ?

C’est Juliette Deschamps – metteuse en scène pour le théâtre et l’Opéra – qui m’a contacté pour ce projet. Elle m’avait vu en première partie de M –Mathieu Chédid – et comme elle programmait l’ouverture de ce festival à Saint-Riquier, elle m’a proposé de venir chanter mes chansons. J’ai accepté et comme j’ai appris qu’il y avait un orchestre symphonique, je lui ai demandé si je pouvais jouer avec eux. Elle a trouvé ça super et donc on a fait quatre chansons, trois de mes compos et « Hallelujah » … ça fout vraiment la trouille, quand tu es un petit musicien qui arrive avec un « ré-la-ré-la-ré », alors qu’eux ce sont des grosses bêtes. Je les ai vraiment remercié parce que jamais je n’aurai pensé jouer ces arrangements avec de tels musiciens. C’était vraiment chouette ! Il y avait également mon ami réalisateur Marc qui a filmé, ce qui nous a permis de faire circuler les vidéos sur le net.

« Zero Killed » est sorti en version physique le 1er octobre. De quoi parle ce nouvel album ?

Le titre résume pas mal les chansons, en général. Zero Killed ça veut dire « il n’y a pas mort d’hommes » mais en fait ça vient de ce geste là (il fait un rond avec son pouce et son index, et lèvent les trois autres doigts). Dans les hôpitaux durant la première guerre mondiale,  les médecins avaient un tableau noir sur lequel était inscrit le nombre de morts et de blessés et « 0 K » voulaient dire « Personne n’est mort » donc c’était plutôt une bonne chose ! Pour moi, les chansons c’est un peu comme des drames quotidiens, ces mini drames où à moment donné, tu te réveilles tout va bien… et d’un coup, tu te sens coincé, ta vie ne va plus, rien ne va plus… Mais là encore, il n’y a pas mort d’hommes… Il s’agit d’histoires que mes amis ou moi, on a vécu, que j’ai construit autour de phrases que j’ai entendu ici ou là.  J’ai du mal à imaginer une histoire « point barre », il me faut un déclencheur, une phrase, l’impression de quelque chose… sinon je peins dans le vide.

Par exemple, pour la chanson « Snow Falls » que j’ai faite pour le nouveau disque d’Eric Legnini, je me demandais ce que j’allais écrire et je trouve cela assez angoissant. Ok tu commences à trouver une mélodie mais après tu demandes de quoi tu vas parler. J’ai donc ouvert un grand bouquin de poésie américaine que m’a donné un ami et je suis tombé sur « Snow Falls ». Pourquoi alors, ne pas écrire sur la simplicité de la neige qui tombe sur la ville ? ça se conclut sur deux personnages qui se retrouvent ensemble, et qui vivent ce moment un peu exceptionnel sous la neige. Bon c’est un peu romantique… mais j’ai besoin de ces clefs pour écrire des textes.

Dans mon album, il y a la chanson « Stranded » qui est assez sifflotante et heureuse, mais les paroles ne le sont pas du tout. J’aime bien ces juxtapositions. La chanson parle d’un couple. Ils ne savent plus s’ils sont amoureux ou pas, si c’est normal que l’amour se transforme en amitié… La dernière phrase du texte que j’aime beaucoup veut dire « On s’allonge l’un à côté de l’autre, échoué sur notre lit de mariage ». Je trouvais cela assez joli d’envisager cette métaphore comme une relation. C’est très dur dans une relation de savoir si c’est fini. Tout le monde sait que les premiers temps, tout est fantastique puis qu’au bout d’un temps, les choses s’aplatissent car il y a une connaissance plus profonde de l’autre…

Je suis content car il y a aussi un titre dans l’album qui est joyeux sans être gnian-gnian… Je trouve qu’écrire des chansons joyeuses c’est le plus difficile. Aujourd’hui, on est trop cool, trop ironique. Tout a été fait trois fois…  Tu peux pas dire aujourd’hui « Il fait beau, je suis content » … Cette chanson « It’s a Wonder » parle de ma fille. Il y a eu deux déclencheurs pour cette composition : Le premier, c’était mon amie Krystle Warren qui m’a fait écouter la chanson « Lonely » qui dure 1’12. « Punaise ! Elle a tout fait en 1’12. Il y a une mélodie qui tue. Un refrain qui tue. Un pont qui tue…  Wouah ! ». Je me suis dit que je voulais aussi écrire une chanson courte et efficace. Le second, c’est la chanson «  Kooks » de David Bowie, dans laquelle il a une manière assez drôle de parler de son enfant. Il joue sur une sorte de complicité qu’il veut créer avec l’enfant et un côté un peu rebelle : « Si les devoirs te dépriment, on prend la voiture et on balancera les devoirs dans un feu de camp »… Un peu dans l’idée de « On est toi et moi contre le monde ». Dans ma chanson,  je dis « N’essuie pas les larmes que tu as sous les yeux, je le ferai avec le bout de mes doigts ». L’idée n’est pas de « ne pas pleurer » mais de dire « Il y a des moments où tu vas sourire, d’autre où tu vas pleurer… mais ça n’est pas grave ». C’est un sentiment assez simple, mais fidèle à ce que je ressens.  J’aime jouer sur cette complicité que l’on peut avoir avec une personne qui est en train de se créer, de grandir… Voilà, il y a plein d’histoires !

On parle d’histoires. Tu me disais vouloir être comédien. Tu tournes un clip avec Pierre Richard… Hasard? Coïncidence ? Véritable souhait ?

Ça n’est pas un hasard, c’est la connexion de plusieurs bonnes coïncidences. Je viens ici assez souvent, c’est pour cela que je te l’ai proposé. C’est un peu mon bar du coin, où je viens prendre chaque matin mon petit café, et je le prends souvent avec Marc (le réalisateur du clip, que j’ai rencontré à la crèche où sont nos filles). On parle musique, on parle cinéma, on parle filles…  et à un moment, il m’a dit qu’il avait vraiment envie de faire un clip pour moi. Moi je trouve que c’est dangereux parfois de faire les choses avec les potes, parce que si ça va mal, s’il y a un problème de budget, c’est compliqué à dire… C’est une position très difficile donc je voulais éviter, mais il m’a dit qu’il s’en fichait, qu’il voulait qu’on s’amuse. On a donc fait un clip pour la chanson « The Mathematician » en quasi plan-séquence sur ma tête. Je trouvais cela assez fort visuellement, un peu comme le clip de Di Angelo mais sans ses tablettes de chocolat !

J’ai trouvé que ce que Marc avait fait été super et du coup, je cherchais une idée pour un nouveau clip. Je venais de voir le dernier clip de Rufus Wainwright avec Helena Bonham Carter qui chante, qui joue vraiment bien et lui qui joue trois personnages différents.

J’ai donc eu envie de faire un clip avec quelqu’un d’autre qui jouait le rôle principal, pas juste moi avec une fille… Je suis assez grand fan de Pierre Richard, j’ai deux coffrets dont un documentaire et en rigolant, j’ai dit à Marc « On n’a qu’à faire le clip avec Pierre Richard ! ». En fait, comme je venais de regarder le documentaire dans lequel on parlait de Pierre au passé, je croyais qu’il était mort! Marc par ses connaissances dans le cinéma (avant de bosser dans la réalisation, il était chef déco.) a eu l’adresse postale de Pierre, à qui j’ai écrit une lettre à l’ancienne, en y joignant l’EP et le premier clip… Chose improbable, il m’a répondu par email en me disant que si le projet lui plaisait, il le ferait et en concluant par « Sachez toutefois, que je ne suis plus l’agile et bondissant personnage que je fus ». On a pris rendez-vous et on a émis l’idée d’un scénario. Pierre nous a beaucoup aidé d’ailleurs. C’est fou, t’as juste en face de toi un mec qui a fait soixante films, qui te propose des idées… Le cinéma, tu as l’impression que c’est éphémère, tu te demandes « pourquoi lui, pourquoi pas moi ? » mais quand tu as un grand comédien colle lui devant toi, tu vois que c’est pas éphémère du tout, qu’il sait exactement ce qu’il fait. Sur le plateau, il avait une parfaite maîtrise de ses gestes, de ses expressions. Il est extrêmement imaginatif et même à 78 ans, ça continue de bouillonner dans sa tête ! C’était pour moi, une expérience inoubliable ! Il est d’une drôlerie naturelle et son humour est poétique, dans la miniature des gestes. Je trouve cela beaucoup plus touchant que la plupart des comédies…

Maintenant que l’album et ce clip sont sortis, quels sont tes projets?

Il y a la réalisation de l’album d’Helena Noguerra. Elle m’avait envoyé il y a assez longtemps, quelques chansons dans une forme extrêmement brute, sur laquelle j’ai rajouté des parties et modifié certaines choses. Entre temps, elle a eu un autre rôle au cinéma donc elle a mis ce projet de côté. J’ai pensé que mon travail ne lui avait pas plu… Je me suis un peu auto-flagélé et en fait, elle m’a rappelé pour qu’on aille en studio, que je lui donne mon avis etc.  L’album d’Eric Legnini sort en février. Il s’est vraiment surpassé sur ce disque et il y a vraiment des chansons sublimes. Et puis j’ai également chanté avec China Moses et ça va paraître sur son album. Elle est terrible cette fille ! Je ne suis pas un chanteur de jazz… mais en fait, en ayant un peu de jazz avec Eric et avec China, je me dis « Pourquoi ne pas faire un disque à un moment, de reprises de great american songs… ».        A suivre.

A noter que Hugh Coltman sera en concert au Café de la danse, le 15 novembre.

Vous pourrez retrouver les créatrices Cailles de Luxe dont je porte ce collier, lors de la Soirée Walkzine à la Favela Chic le 17 octobre prochain.

Copyright Photos : Jérôme Flament

Hugh Coltman

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