Philippe Baden Powell, l’interview

PBPLe hasard fait parfois bien les choses. Lorsque je travaillais à Radio France, un de mes petits plaisirs étaient de me glisser dans les studios d’enregistrement afin d’assister aux répétitions des artistes et aux émissions. De ces moments privilégiés sont parfois nées de belles rencontres, tant humaines qu’artistiques. Alors que je découvrais le chanteur brésilien Marcio Faraco dans l’émission Le Pont des artistes par une après-midi d’avril 2007, j’ai été attiré par la musicalité de son pianiste. Ma curiosité prenant une fois de plus le pas sur ma timidité, j’ai donc voulu en savoir plus sur ce musicien… Moultes conversations et rigolades plus tard, il était donc grand temps que je vous présente celui qui est devenu plus qu’un ami, un conseiller et un confident Philippe Baden Powell.

Philippe, parle-nous de ton parcours…

J’ai un parcours un peu atypique parce que j’ai été élevé un peu par-ci, un peu par-là. J’ai grandi en changeant de pays selon les âges. Mon père est resté très longtemps en France et quand je suis né, on a déménagé en Allemagne puis nous sommes repartis au Brésil. On a fait pas mal d’allers et retours. On a toujours accompagné mon père lors de ses voyages, avec ma mère et mon frère. Le fait d’avoir découvert différentes cultures a donc, je pense, une forte influence sur ce que je fais musicalement, sur ma vision de la vie, sur mon rapport aux gens. Ça ne m’a pas empêché de suivre une scolarité normale. Par contre, du point de vue artistique et musical, j’ai vécu différentes expériences et j’ai eu la chance de rencontrer des gens avec lesquels j’ai appris, parfois dans un contexte académique, parfois dans un contexte plus informel lors de concerts, de cours particuliers, de master-classes, des moments ponctuels mais très précieux et très riches. Je pourrais citer Antonio Adolfo ou Kenny Werner… J’ai eu cinq professeurs en tout et avec chacun d’eux, j’ai appris une chose différente. L’éducation instrumentale, comme approcher l’instrument, comment l’envisager. Le son. La dextérité… Mon père a été très important car il m’a apporté une éducation musicale et artistique. Très tôt, je suis monté sur scène avec lui. C’était quelqu’un de très rigoureux par rapport à la musique, très sérieux. Il m’a initié et donné les principes de base d’une vie d’artiste, dans le sens de « métier d’artiste ». Travailler tous les jours, refaire, parfaire, améliorer…

Je ne voulais pas nécessairement parler de ton père mais tu le cites beaucoup dans ton parcours, il semble incontournable. C’est donc facile ou difficile d’être le fils de Baden Powell ?

Cette question, elle me hante ! On me l’a tellement posée et j’ai pensé à énormément de réponses différentes, mais je crois que la meilleure réponse c’est que « je ne sais pas ». Je ne sais pas, parce que je n’ai jamais été le fils de quelqu’un d’autre.

Ce que j’aime dans l’idée d’être le fils de Baden Powell c’est d’avoir pu recevoir cette transmission des choses qui lui étaient importantes dans la musique. Ce que je n’aime pas par contre dans le fait d’être le fils de Baden Powell, c’est justement d’être le fils de Baden Powell. C’est très réducteur. Je pense que les gens veulent voir en moi quelque chose qui leur manque. Ils veulent voir une ressemblance physique, ils veulent retrouver dans ma musique, des choses qui font partie de sa musique à lui… mais on  fait des choses très différentes, même si j’ai des influences indirectes. Ce que je n’aime pas, c’est quand je n’ai pas le temps d’être moi-même… Mais bien évidemment c’est une chance d’avoir évolué auprès de mon père qui a fait des choses importantes pour la musique.

L’autre jour, j’ai fait un rêve. J’étais en train d’enregistrer un disque avec mon ami Alexandre Saada, un autre pianiste.  Je me suis levé avec le souvenir de ce rêve, où mon père venait me rendre visite et me disait « Il faut que tu arrêtes de te servir des instruments Nutella »… Je me demandais ce que ça pouvait bien être ! Et à mon avis, ces instruments, c’était tout ce qui est un peu transgresseur. Mon père était quelqu’un de très responsable, de traditionnel avec son art, son instrument, son rituel. Moi je suis déjà dans une approche différente. Je n’ai pas de préjugés. Pour moi, tout est matière à explorer ou à connaître, du moment que c’est consistant. Donc comme on enregistre avec Alex et qu’on se laisse porter avec le son d’un autre instrument, qu’on choisit une texture au bord d’une fragilité, je pense que c’était de ça que mon père parlait. J’ai senti cela comme un poids et je crois qu’il y a une limite entre le poids qu’il m’imposait vis à vis de mon art et le poids du regard et de l’écoute des gens, qui attendent de voir si ce que je fais sera aussi consistant que ce qu’il a fait.

A Montréal par exemple, j’ai eu une belle surprise. Je suis parti faire des concerts en duo avec Marcio Faraco. Et Marcio de par la nationalité brésilienne et de par ce que représente mon père pour notre pays, m’a présenté comme « Philippe Baden Powell, fils de Baden Powell »… Il y avait des gens qui ne savaient pas qui était mon père et ça c’était plutôt chouette, car ils avaient aimé ce que j’avais fait sans pour autant m’associer à mon père. C’était plaisant et à l’inverse par moment, ça me manquait. Être moi-même et ne plus avoir cette référence. C’est étrange de se dire que l’on a plus que son piano pour se défendre !

Tu fais référence à tes collaborations avec Alexandre Saada, Marcio Faraco. Quels sont tes projets en cours ?

Mes projets sont multiples parce c’est un métier difficile. J’ai beaucoup de chance car je n’ai jamais eu à faire quelque chose d’autre que la musique pour vivre, mais c’est grâce aux différentes activités dans ce domaine. Je compose, j’arrange, je joue et j’accompagne des artistes… En ce moment, je suis donc en train de préparer ce disque avec Alexandre. C’est un projet qui célèbre notre amitié musicale et humaine. Au départ, ça devait être un projet de duo piano a proprement parlé et pendant cette résidence, on a décidé qu’on allait partir sur des idées d’écriture, en se servant également d’autres éléments, d’autres instruments. On a fait chanter ma fille Rafaela. Alexandre avait amené une vibraphonette dont il s’est servi pour certains morceaux. Moi, j’ai amené une guitare puisque j’en joue un peu. C’est donc finalement un disque à deux, plutôt qu’un disque en duo. Je pense qu’on va le terminer d’ici la rentrée et puis ensuite, le temps de faire le mix, la pochette et de tout finaliser, il sera probablement prêt pour la fin de l’année.

Marcio souhaite également qu’on enregistre ce que l’on fait sur scène. Il y a beaucoup de duos qui sont en train de se former en ce moment, avec plein d’artistes dont notamment une amie argentine qui est fabuleuse, qui s’appelle Cecilia Zabala.

Il y a un autre projet qui me tient à cœur, c’est mon prochain disque de compositions, avec des invités, des paroles. Ce sera un disque un peu différent, un tournant. Je crois que les projets sont une excellente biographie. Dernièrement, j’ai vécu de gros changements, je me suis séparé. J’ai recommencé une vie tout seul et j’ai traduit cela à travers la musique.

Enfin, j’ai un projet avec le Dj Pedro D-Lita. Il a un label qui s’appelle B.Mundo et il organise des concerts, il fait notamment des Dj sets à la Favela Chic. C’est un mec bourré de talent, qui vient de Rio. Il a un côté « urbain » de Rio qui est très intéressant. Je l’ai appelé un jour en lui disant que j’avais un projet pour nous deux : USB, Universal Sound of Brazil. L’idée est de mélanger les sons qu’il mixe avec des impro. au rhodes. Je pense qu’on va également partir sur des choses écrites pour que ça ait vraiment un grain, une identité. On a déjà joué au New Morning, pendant le concert de Luiz Melodia mais je pense que ce concept se prêterait bien aux clubs parisiens, berlinois, bruxellois, par exemple. Je crois que c’est une formule qui marche bien parce que c’est un son du Brésil qu’on ne connaît pas forcement. Le Brésil a vraiment énormément de musiques et je trouve intéressant que l’on puisse diversifier la scène musicale brésilienne, qu’on sorte un peu des sentiers battus de la Bossa Nova, à travers ces différents projets.

Tu parles évidemment du Brésil, mais tu vis à Paris. Tu as de bonnes adresses parisiennes à nous suggérer ?

Paris est déjà un décor magnifique, c’est pour cela que j’aime beaucoup cette ville. Les rues et l’architecture sont belles. Tout le monde le dit et je pense que c’est très sincère. Pour ce qui est des lieux, je ne suis pas un « gros mangeur » mais j’aime bien manger ! Je vais très souvent au Zimmer, avec ma copine. Il y a un restaurant très bien près de la Maison de la Radio, le Zebra Square. Il y a un restaurant dans le XVe dans lequel ça fait très longtemps que je ne suis pas allé, qui s’appelle La Chaumière. Sur la rue de Rivoli, il y a le café L’Etincelle qui est ouvert après minuit que j’aime beaucoup, parce que j’adore Paris la nuit. Et il y a le Café Beaubourg qui est très sympa.

Quels seraient les artistes pour lesquels tu as dernièrement eu un coup de cœur ?

Alors il y a une artiste que j’aime beaucoup et que je trouve absolument fabuleuse, c’est Esperanza Spalding. Je suis complètement fan et « artistiquement » amoureux … (Je suis amoureux d’une autre, c’est une artiste aussi mais du sourire !) Esperanza, je trouve qu’elle a apporté un souffle d’air frais parce qu’elle écrit, elle arrange, elle compose, elle chante, elle joue fabuleusement bien et c’est une belle femme, charmante.

Il y a aussi un projet super intéressant de Robert Glasper que j’ai vu à Montreux l’année dernière, qui s’appelle Experiment. Il joue avec un saxophoniste qui chante également, Benjamin Casey. Ce que je trouve très intéressant dans son travail c’est ce mélange de jazz avec le hip hop et l’ électro. ça donne quelque chose d’assez insolite et c’est très bien fait !

Pour finir, quels sont tes concerts à venir ?

Je reviens de Rio où j’ai fait un concert en hommage à mon père, qui aurait fêté ses 75 ans. On a fait un grand concert avec plein d’invités dans la salle Baden Powell, qui se trouve à Copacabana, derrière le Copacabana Palace. Du 14 au 16 août, je joue avec Alexandre Saada à l’Ile de Ré au Festival Jazz au Phare. Le 22 août, je serai à La Bellevilloise avec le trompettiste et bugliste Rubinho Antunes. Les 10 premiers jours de septembre, je serai dans le Sud au Festival de jazz de Najac avec un tromboniste brésilien qui s’appelle Raul de Souza. Puis en rentrant sur Paris, je jouerai au Studio de l’Ermitage avec le groupe Madame La Gafière le 13 septembre. A Rio, la « Gafiera » est le lieu où l’on va danser à deux, la danse de salon. On joue une musique qui est un mélange de samba et de choro.

Rendez-vous donc pris pour les Parisiens, le 22 août et le 13 septembre !

Copyright Photos : Fanny Leloup

Remerciements au restaurant La Mère Denis

http://www.philippebadenpowell.com/

2 thoughts on “Philippe Baden Powell, l’interview

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