Chloé Vollmer-Lo, l’interview

Au-delà des soirées privées et des projections de films, le Festival de Cannes a été l’occasion de rencontres artistiques, en tout genre. J’avais donc envie de vous présenter une tout jeune photographe dont le talent n’est déjà plus à prouver. Sélectionnée pour photographier des personnalités du cinéma durant le Festival, Chloé nous parle de son expérience et de ces projets.

Peux-tu nous présenter ton parcours?

En matière de photo, je suis totalement autodidacte. Je me suis beaucoup ennuyée adolescente, alors j’ai décidé de faire de la photo avec le compact numérique de mes parents. Puis j’ai économisé et travaillé pour m’en acheter un qui m’a accompagnée durant les années lycée, où j’étais en internat (je cherchais une occupation dans un cadre assez strict). J’ai fait de la photo compulsivement à ce moment-là. Après le bac, je suis partie en prépa. littéraire, à la fin de laquelle j’ai cassé ma tirelire pour un réflex numérique bas de gamme. J’ai alors appris la technique, les données « mécaniques » de la prise de vue. J’ai continué mes études pendant ce temps – jusqu’à un master d’études théâtrales, où j’ai gentiment dévié sur un mémoire autour du lien entre théâtralité et photographie – mais j’avais de plus en plus de commandes photo, j’aimais vraiment ça, et j’en ai donc fait mon métier.

Et quel est ton rapport à la photo?

C’est vaste comme question ! Pompeusement, je dirais que c’est un vrai rapport au monde, un prisme : Quand je fais beaucoup de prises de vue, je finis par voir tout ce qui m’entoure dans le cadre de mon objectif 50mm. Comme si je recadrais ce qui m’entoure pour le concentrer, le composer et lui donner du sens.

Dans le portrait, par contre, c’est la relation avec le modèle qui m’intéresse, dans ce qu’elle a de totalement implicite et de très intime. Je trouve ça bouleversant, quelqu’un qui offre son image, qui met dans l’instant tout ce qu’il a envie de garder ou de projeter. J’aimerai bien que chaque portrait soit un cadeau pour les gens en face, une manière de dire « J’ai vu que tu existes et je ne m’en fiche pas du tout, je trouve que ce que tu es est précieux, alors on va en garder une trace ». Idéalement, faire une photo, c’est fabriquer un écrin pour un souvenir.

Tu peux nous présenter tes travaux photographiques?

Je fais principalement du portrait plus ou moins posé pour le moment, mais c’est un véritable remue-ménage en ce moment, alors je ne crois pas que je pourrais l’expliquer autrement que ci-dessus, ou en vous invitant à aller voir mon portfolio ! Parce que finalement, je suis un peu touche-à-tout : j’aime prendre en photo les gens, les faire poser, mais aussi laisser faire l’aléatoire du reportage, ou encore complètement construire une image de manière minutieuse…

Y a t-il des artistes ou des œuvres qui t’inspirent particulièrement?

Je crois qu’il y en aurait trop, partout pour pouvoir tous les citer. En ce moment, je réfléchis beaucoup autour du multimédia et de la narration par l’image. Alors j’aurais envie de citer, parce qu’on est à Cannes, deux films : La Jetée de Chris Marker et Libera Me d’Alain Cavalier. Après, franchement, il y a des choses à puiser partout, et pas que dans l’art. D’ailleurs, c’est bien pratique, on ne sait jamais vraiment quand le truc bouleversant va nous tomber dessus!

Tu as été sélectionnée pour shooter le Festival de Cannes. Comment s’est déroulée la sélection?

J’ai travaillé à Cannes pour NISIMASA, magazine Européen présent sur le festival depuis plusieurs années, et qui a présenté cette année un e-book de 90 pages lors de la cérémonie de clôture. Il y avait un appel à candidatures sur leur site, pour des critiques et pour des photographes. J’ai donc proposé ma candidature. Il fallait envoyer une sélection d’images, écrire une sorte de lettre de motivation, proposer une esquisse de projet, et répondre à différentes questions sur notre conception de la photo (ou de l’écriture pour les critiques). A ma grande joie, j’ai été retenue!

En quoi a consisté ton travail durant le Festival ?

Par le biais du rédacteur en chef du magazine, j’ai pris contact avec des réalisateurs, acteurs, gens du cinéma dont il est question dans l’e-book, et réalisé leur portrait. C’est un exercice intéressant car en deux minutes, il fallait que je réussisse à faire leur portrait qui ne soit pas en contre-sens total par rapport à leur univers, qui soit flatteur. Ce qui étais intéressant c’est que je n’avais pas de deadlines quotidiennes. En journée, je pouvais me promener, découvrir des endroits, me faire des contacts pour également pour pénétrer dans les coulisses du Festival et faire des photo-reportages. Beaucoup de liberté donc.

Benh Zeitlin, Réalisateur de Beasts of the Southern Wild

J’ai également eu la chance de sympathiser avec une attachée de presse, qui m’a permis de prendre en photo le réalisateur kazakh Darezhan Omirbayev qui a réalisé Student et qui n’était pas dans notre sélection. Il n’aime habituellement pas du tout les journalistes et photographes… In m’a accordé ce quart-d’heure. Je l’ai fait poser sans véritablement regarder l’objectif, il y avait quelque chose de très pudique tout comme dans ses films. Il était venu avec sa fille et je voyais qu’il s’interessait à mon appareil argentiques alors pour mieux l’apprivoiser, je lui ai proposer qu’il prenne des photos de sa fille avec mon appareil… J’ai ensuite appris qu’il a perdu toute sa famille et que sa fille est la seule personne qui lui reste… C’était très fort et émouvant.

Quels sont tes projets en cours et à venir?

Au niveau de mes projets en cours, il y a principalement la série Déluge, qui touche à sa fin mais aura été riche de rencontres. Des volontaires – une cinquantaine à ce jour – des gens comme vous et moi, certains de mes proches, d’autres complètement inconnus, ont répondu à un « appel à poses » que j’ai passé.

Je leur ai demandé de définir en un adjectif leur pire défaut moral, celui qui fait mal, qui est à la source de tout ce qui peut leur poser problème ou leur être source d’insatisfaction.  Une fois cet adjectif trouvé, je me rends chez eux et l’écrit sur une partie de leur corps qu’ils choisissent, en rapport avec le défaut en question. Ensuite, ils prennent une douche tout habillé et je les prends en photo, encore dégoulinants, encore saisis par le choc et par l’introspection. Chaque prise de vue a été complètement bouleversante, profonde, avec un véritable dialogue.

Et au niveau des projets à venir, je voudrais m’orienter de plus en plus vers le reportage et le documentaire, explorer des formes peut-être plus multimédias. Bref, produire un témoignage et une prise de position sur le monde qui m’entoure.

Copyright photos : Chloé Vollmer-Lo

http://chloevollmerlo.net/

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