JD Beauvallet, l’interview

Jean-Daniel Beauvallet dit JD, c’est “Monsieur Inrocks”. Ce dénicheur de talents était à Cannes durant le Festival pour nous proposer une sélection musicale de choix, à la Villa des Inrocks dans les jardins de la Médiathèque cannoise. Entre deux cocktails et pendant les répétitions d’un groupe, Walkzine en a donc profiter pour le rencontrer. L’occasion d’en savoir plus sur ce personnage incontournable dans le secteur musical.

JD Beauvallet, pourriez-vous nous rappeler vos fonctions au sein des Inrocks ?

Officiellement, je suis rédacteur en chef musique. Officieusement je suis également programmateur de tous les évènements musicaux comme La Villa des Inrocks à Cannes et le Festival des Inrocks, dont je suis l’un des fondateurs. Je m’occupe également en partie, de l’Inrocks Lab.

Depuis combien d’années, la Villa des Inrocks existe t-elle ?

C’est la deuxième édition. L’an dernier c’était une sorte de test. On avait déjà quelques groupes mais ça n’était pas aussi organisé et structuré que cette année. Le lieu était moins aménagé et il y avait des DJ, on n’avait pas de groupes tous les soirs. Là, on a pris la décision d’avoir deux groupes et des DJ, chaque soir.

Comment décide t-on de la programmation de la Villa des Inrocks ?

On voulait un mélange de découvertes parce que c’est la fonction première du journal Les Inrockuptibles et quelque chose de fédérateur, qui fasse venir du monde et des sponsors, car on ne va pas se voiler la face, on a besoin de partenaires pour faire cette opération. Audi Talent Awards a accepté, sur la base d’une programmation qu’on leur avait suggérée. Comme nous ils font de la prospection, de la découverte et de l’accompagnement de jeunes talents… Autant le faire ensemble !
Il y avait également un équilibre à trouver. Je voulais que ça reflète toutes les musiques qui sont dans le journal. Des groupes français émergents comme les Juveniles ou les Concrete Knives et des choses qu’ont a été les premiers à découvrir, comme les Stuck In The Sound il y a dix ans, par exemple. De la découverte pure avec The Bots – qu’on a écouté sur le net – qui sont des jeunes américains entre 15 et 17 ans qui font du punk rock. Et à côté de cela, Gossip et 2 Many DJ’s qu’on pourrait considérer comme les parrains.

Pourquoi organiser un Festival musical au sein du Festival du film de Cannes ?

Il y avait cette volonté de faire de la musique live à Cannes car ça manque cruellement, je crois. En dehors des musiques de films, il y a beaucoup de musiques sur la Croisette qui peuvent être mal traitées, détournées. On a des Keany West qui viennent faire trois morceaux sur Cd. Toute cette dimension qui est si fondamentale dans la musique, a complètement été exclue de Cannes.

Alors on s’est mis un peu à l’extérieur et on a fait notre festival. L’avantage que l’on a, c’est d’exister depuis longtemps. Il y a des contacts qui se font et qui durent… Gossip c’est typiquement le genre de groupe qui joue dans des stades et qui n’aurait jamais accepté de jouer dans une petite prairie même si le cadre est somptueux, s’il n’y avait pas une vraie histoire, une fidélité, une confiance établie entre nous.

Quels sont les enjeux des Inrocks à programmer un tel Festival dans ce contexte ?

On veut rappeler d’où le vient. Même si Cannes est un Festival de cinéma et qu’on parle de divers domaines dans le journal, Les Inrocks restent ancrés dans la musique, on reste des fans et des défricheurs de musique. C’est donc une façon solennelle de le rappeler. Cela nous permet également d’avoir une visibilité à Cannes, car même si on est très établi, on est peut-être moins respectés dans le milieu du cinéma que dans celui de la musique… Et c’est un moyen de se faire plaisir, c’est assez fondamental ! On sait que chaque soir, on passera un bon moment avec les artistes et le public.

Et quels sont vos derniers coups de cœur musicaux ?

J’en ai plein. J’ai cet avantage, c’est que ma vie n’est que musique ! Je ne pense qu’à ça. A titre d’exemple, je suis rentré d’une fête cette nuit, à quatre heures du matin. On m’avait parlé d’un groupe. Je suis de suite allé l’écouter. Je ne sais pas fonctionner autrement… Et les coups de cœur, ce qui est bien c’est que quand on arrive dans une période de programmation, on les booke tout de suite. Par exemple, Ghostpoet, on le suit depuis longtemps et ça y est, il vient d’être signé, donc il va commencer à se passer pas mal de choses avec ce mec que j’adore. Il fait une sorte de soul hip hop électro, un mélange un peu à la Tricky. Et il y a les Bots, pur coup de cœur du moment que j’ai découvert sur le site d’un Festival de punk rock black américain… Mais tous les groupes que j’ai programmé sont des groupes que j’aime, je ne me force jamais à inviter des artistes que je n’ai pas envie d’inviter !

Et en dehors de cette programmation ?

En ce moment, il y a pas mal de choses qui viennent de Manchester qui me passionnent. Il y a des groupes comme Money, No ceremony, Stay positive. Il est en train de se passer un truc au croisement de la musique électronique, de la rave et du rock sombre, un peu dans la lignée de Wu Lyf.
Mais c’est une question piège parce qu’il y a tellement de musiques à découvrir que lorsqu’on me demande quel est mon artiste préféré, je suis incapable d’en choisir un. Heureusement, il y a toujours des choses qui me passionnent et quand je ne trouve rien d’intéressant dans le commerce, je passe des nuits entières sur le net à découvrir autre chose. Il y a une chose que je ne dirai jamais de ma vie ou si je la dis, j’arrêterai immédiatement mon métier, c’est que « C’était mieux avant ou il ne se passe rien maintenant ! ». C’est un discours que je ne veux pas entendre, parce qu’il se passe toujours quelque chose si on se donne les moyens de chercher et trouver.
Puisque l’industrie du disque s’est effondrée, l’axe est en train de se déplacer et la musique vient de partout. Je crois beaucoup à l’Inde. On a 300 000 familles de classes moyennes ou supérieures qui ont de l’argent et une vraie soif de culture. Donc ils vont peut-être penser faire du rock mais au final, c’est différent et nouveau. Dernièrement, j’ai passé une nuit entière à écouter des groupes électro de Téhéran et d’ Ispahan, c’est un véritable jeu de pistes. Et il y a la Chine aussi. Ça m’arrive d’écouter des groupes de hip hop chinois.
Je suis très confiant par rapport à ce « dérèglement » parce que la scène anglaise à guitare fait un peu « fin de race » avec toutes les copies de copies. Une fois qu’on a épuisé tout le catalogue des Beatles et des Clash, que va t’on faire ensuite ? C’est de plus en plus rare que je m’enthousiasme pour un groupe à guitare anglais, mais là encore, j’étais à un festival anglais le week-end dernier et j’ai vu un groupe qui s’appelle les Palma Violets, qui n’ont encore rien sorti et qui ont juste 7 concerts au compteur. Et malgré cela, j’étais certain de voir un grand groupe. Quand je vois un grand groupe, je le sais. Ça a été le cas avec Anna Calvi, Wu Lyf… On sait qu’il y a une personnalité, une voix, on a l’impression que le groupe ne touche pas le sol, qu’il est déjà en lévitation…

Quels sont les projets après le Festival de Cannes ?

Après Cannes, je pars directement au Festival Europavox qui est un festival de découvertes. Il accueille chaque pays d’Europe qui envoie deux représentants, choisis par des blogueurs, des jeunes journalistes, des programmateurs, etc. C’est donc un moyen pour moi d’aller voir des groupes – lettons, estoniens, tchèques, irlandais – que je n’irai pas forcement voir ailleurs… Et tous les ans, il en ressort deux ou trois que je retiens et que je programme au Festival des Inrocks.

Vous pensez déjà à la programmation de la Villa des Inrocks 2013 ?

Il faut être sûr qu’on la refasse et j’en ai très envie… mais ça demande énormément de travail. C’est compliqué à monter et à boucler, tant financièrement qu’au niveau de la programmation… On a un atout majeur, c’est le Festival de Cannes où les gens veulent être vus, il y a donc beaucoup de groupes qui étaient très enthousiastes dès le début… A l’inverse, quand on parle de Cannes, les managers savent qu’il y a des concerts privés où les artistes sont payés 200 000 euros pour 5 chansons. Nous, on n’est absolument pas dans cette optique là. Et puis, il y a la logistique des tournées, ça n’est pas toujours simple de faire venir des groupes ici…

Mais comme la Villa en elle-même commence à avoir une réputation, il y a forcement des gens qu’on imagine sur cette si belle scène. On se dit que James Murphy serait l’idéal… et comme il est en train de monter un groupe avec les 2 Many Dj’s, on se met un peu à rêver !
Dans l’absolu, j’adorerai faire jouer PJ Harvey, Lana del Rey, Scissor Sisters, Roxy Music… Quelque chose qui soit à la fois glamour et décalé. Qui puisse être à la fois sur les marches de Cannes et qui en même temps n’appartienne pas à ce monde là… Qu’il y ait comme cette année, des groupes grand public et que l’on fasse découvrir les Bots, ça me convient très bien comme équilibre !

Copyright Photos : Pierre Lapin

Isabelle, fondatrice et rédactrice de Walkzine porte un top Léon Rose Magma.

http://www.lesinrocks.com/

2 thoughts on “JD Beauvallet, l’interview

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