Thomas Leleu, l’interview

Une des raisons qui m’a poussée à créer WALKZINE était de pouvoir vous parler de toutes les musiques que j’aime. Vous faire découvrir des artistes de talent, connus et moins connus, tout style confondu : De la pop au classique, en passant par la world et le jazz.

Il était donc temps que je vous parle de musique classique, qui souffre (trop) souvent d’une image vieillotte et élitiste, presque inaccessible… Heureusement, les temps changent. Oui, on peut-être jeune, beau, branché… et être un musicien classique de talent! En voici la démontration avec Thomas Leleu, jeune tubiste de 25 ans récemment primé dans la catégorie “Révélation Soliste instrumental” aux Victoires de la Musique Classique, qui a accepté de répondre à mes questions.

Thomas, comment décide t-on de faire du tuba alors que la majorité des jeunes garçons se tournent plus particulièrement vers le piano, la guitare ou la batterie ?

J’ai commencé par la batterie à l’âge de 6 ans, j’avais fait avant cela un peu de piano avec ma mère. J’ai toujours été un « touche à tout ». Mon père étant tubiste j’ai voulu essayer le tuba, mais j’ai dû insister pendant de nombreuses années avant qu’il accepte de me faire débuter lorsque j’avais 12 ans. J’aimais les sons graves, les lignes de basse… J’ai voulu ensuite tout arrêter pour faire des études afin de devenir agent artistique, avant de découvrir le gros tuba à 16 ans. Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de facilités pour cet instrument. A partir de là, tout est allé très vite.

Tu as déjà à ton actif de nombreuses récompenses et tu viens de remporter dernièrement une Victoire de la Musique. Qu’est ce que cette victoire représente pour toi ?

C’est une consécration et une reconnaissance du métier et du grand public. Le fait d’être choisi par le public est sans doute la plus belle chose pour un artiste. Je suis très fier d’être le premier tubiste de l’histoire à obtenir cette Victoire et l’un des rare à avoir la chance de faire réellement une carrière de concertiste. Bien sûr, il est important de garder la tête sur les épaules… Une Victoire de la Musique ouvre des portes, apporte des concerts, c’est un tremplin. Lorsqu’on la reçoit, c’est un moment magique et très impressionnant. Je suis fier de ce parcours. Lorsque j’ai débuté le tuba, je n’imaginais pas que 8 ans plus tard j’obtiendrais une Victoire. C’était d’ailleurs jusqu’il y a peu, impensable qu’un tubiste en obtienne une !

Le tuba est un instrument méconnu, parfois même dénigré et classé à tort comme simple instrument de fanfare. C’est pourtant un instrument qui peut-être très mélodique et virtuose. Penses-tu que cette victoire peut casser cette image erronée et pourtant bien ancrée dans l’esprit des gens ?

Je pense que le tuba est désormais reconnu grâce à cette Victoire. Le manque de popularité du tuba est sans doute aussi dû au fait que la plupart des tubistes n’ont toujours joué qu’entre eux. Un projet pédagogique entre tubiste est une chose très importante… En revanche, je trouve qu’il n’y a pas grand intérêt à développer un projet artistique 100% tuba. Je ne crois pas au tuba entre tubistes…On n’a jamais vu des pianistes ne jouer qu’entre eux ! Cela n’ouvre pas au grand public ! C’est un peu aux antipodes du travail que je fais. Le tuba a souffert pendant des années d’une image populaire tendant souvent vers le vulgaire. Je crois qu’il est important de garder cet aspect populaire à condition de l’anoblir afin d’en faire un instrument de premier plan. Cette histoire est comparable à celle de l’accordéon. Il est aujourd’hui – grâce à quelques représentants de grand talent – un instrument populaire, noble et sans aucune vulgarité.

Il est important de s’ouvrir un maximum aux autres musiques, aux autres instrumentistes, d’être créatif et inventif. Le 20 février dernier, le tuba est désormais entré dans le cercle des instruments nobles, le public l’a découvert, il y a eu un engouement pour cet instrument et c’est une très bonne chose ! Il était temps de lui offrir un nouveau départ de lui donner tout son éclat !

La musique classique est encore considérée de nos jours, comme un domaine élitiste et un peu vieillot.  Y a t-il des moyens mis en œuvre par les jeunes générations d’artistes comme toi pour rendre la musique classique plus accessible à tous ?

Je crois qu’il faut offrir au public ce qu’il veut, tout en l’initiant à de nouvelles choses. La Musique doit être populaire et accessible à tous. C’est en tout cas ma vision des choses. Je pense que mon goût pour les musiques du monde et les musiques actuelles est un plus. Je reste un musicien « classique » de formation mais je me définirais avant tout, comme un musicien « actuel ». D’ailleurs, mes projets artistiques en tant que concertiste s’étendent du récital avec piano, au concerto avec orchestre à cordes ou symphonique, du récital avec quintette à cordes à l’ensemble de musiques actuelles. Il est important de faire découvrir au public toutes ces possibilités et un aspect décomplexé du concert afin de désacraliser la « grande musique » !

On n’est pas obligé d’être sérieux et en queue de pie pour faire de la musique classique ou jouer avec des cordes ! Je suis musicien avant tout. Rap, variété, reggae, hip hop, funk, jazz ou autres, cela reste de la Musique !

Te nourris-tu justement, de musiques plus actuelles également?

 Bien sûr, les musiques actuelles sont une source d’inspiration majeure pour moi. J’ai d’ailleurs créé il y a quelques années une œuvre pour tuba solo, trio de jazz et orchestre symphonique. C’était une nouvelle formule de l’orchestre symphonique. J’aime également travailler avec des compositeurs n’ayant jamais écris pour le tuba et slalomant entre les styles. C’est pour cette raison que j’ai passé commande à Richard Galliano de « Fables of Tuba » dont je ferai la création en mars 2013 avec l’Orchestre Philharmonique de Marseille.

J’aime beaucoup Lady Gaga, Amy Winehouse, David Guetta ou encore Black Eyed Peas. Je crois qu’en tant que musicien issu du monde « classique » nous devons nous ouvrir et nous avons des choses à prendre et à apprendre du milieu musical du show-business. Ces artistes savent ce qui plait au public, c’est grâce à eux que l’industrie du disque survit. Lorsque je choisis de faire un album c’est pour toucher un large public et non un public de spécialistes ! Il faut briser toutes ces frontières…

Pour finir, quels sont tes projets en cours et à venir ?

Je prépare un nouvel album solo avec quintette à cordes (Thomas Leleu sextet). Puis, prochainement la sortie de mon premier CD avec tuba et orchestre symphonique, enregistré au Venezuela. Il y aura aussi quelques créations de Richard Galliano, Arnaud Boukhitine… Des concerts en France, Thaïlande, Venezuela, Italie, Brésil etc… Les Victoires sont un accélérateur, elles m’ouvrent de belles portes. Et j’ai la chance d’être très bien entouré, c’est important dans la construction d’une carrière…

 http://thomasleleu.com/

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