Ségolène Savoff d’Alphabeta, l’interview

Il y a quelques temps, j’ai découvert la collection de bijoux Alphabeta. Une collection aux références multiples, toute en finesse et discrétion. Un vrai coup de coeur! J’ai donc rencontré la créatrice Ségolène Savoff pour qu’elle nous parle de ses créations, au Café Beaubourg, où nous avons été reçues comme des princesses.

Ségolène, quel a été ton parcours avant Alphabeta?

Avant Alphabeta, il n’y avait pas grand chose en fait ! Je ne me suis jamais vraiment intéressée à la vie professionnelle, considérant que mon luxe à moi c’était d’avoir du temps. Donc j’ai fait pas mal de boulots alimentaires… puis vers 30 ans, j’ai commencé à faire aussi bien de la déco que de l’évènementiel mais tous ces boulots, c’était surtout dans le but que je puisse faire de l’art contemporain… qui ne paie pas. Surtout si on a pas fait d’école comme moi, qui suis autodidacte dans tout : la création de bijoux, l’art contemporain, l’architecture d’intérieur… C’est un peu difficile de n’avoir fait aucune école, de n’être parrainé par personne. Ça veut dire « pas de galerie et des années de galère… ».

Quelle a donc été ton évolution dans le milieu de l’art contemporain ?

Au début, ça a été la peinture avec des symboles et des titres qui relataient mon état psychologique du moment. Tout tourne autour de l’idée du journal intime, dans mes créations.  Après, j’ai fait des installations de polaroïds sur des histoires d’amour qui se passent mal et où le corps est différent. En fait, chaque partie du corps était photographiée au polaroïd et pouvait être placée dans un cube en plexi, sur un mobile, sur une poupée… ça représentait le morcellement du corps.  Ensuite quand j’ai eu mon fils, j’ai fait une expo sur des poupées qui étaient des sortes de marionnettes neutres – achetées chez Muji – que je customisais. Et il y a pas très longtemps, j’ai exposé à Nice dans la Galerie Artistic Family où j’ai reproduit le même lapin, mais à ma taille !

Comment est-ce qu’à un moment donné, tu as décidé de lancer ta marque de bijoux Alphabeta ?

Je ne l’ai pas décidé. J’ai une vraie passion pour les abécédaires, Alphabeta ça vient de là… mais je voulais faire des coussins abécédaires pour les enfants, car tout est toujours très lié avec les différents stades de ma vie. Le temps de les faire, je me suis rendue compte que ça avait été plus ou moins fait. Du coup, j’ai décidé de réinterpréter le cabas écossais de Barbès. Et en chinant des bijoux pour le customiser, je suis tombée sur des bijoux vintage que j’ai eu envie de modifier… tout est parti de là.

Au même moment, Merci a ouvert. Pour moi c’était un peu la boutique de mes rêves parce qu’ils alliaient vintage, art contemporain et c’est un lieu magnifique… Assez naturellement, j’ai fait une petite série dont j’ai envoyé les échantillons à la boutique. Ils ont adoré, ça a cartonné ! On m’aurait dit il y a cinq ans que j’allais faire des bijoux, je ne l’aurai pas cru… A la base, je ne suis pas trop bijoux « coup de cœur », je ne porte que des bijoux « perso »… Donc voilà, ça fait 2 ans que ça marche bien, j’ai eu de la chance que ça marche tout de suite. J’ai été au début de Merci et c’est une carte de visite assez exceptionnelle, pour les étrangers mais aussi pour démarcher les boutiques.

Quelles ont été les différentes étapes dans le développement de ta marque ?

Au début, je ne bossais qu’avec des matériaux vintage, qui sont plus délicats. Mais maintenant – hormis un modèle dans la collection d’hiver – je travaille plutôt avec mes propres dessins. Au début, c’était du vintage parce que j’ai eu une fripe lorsque j’étais plus jeune, à Nice. Donc le vintage, ça a toujours été mon truc. Mais je me suis rendue compte que la qualité, les quantités étaient un problème et  je me suis tournée vers de véritables créations. Maintenant on fait de la découpe et je reviens de plus en plus à ce qui m’intéresse, l’univers Arty. J’aimerai lancer une création qui ne serait destinée qu’aux boutiques de musées.

Je m’intéresse également vachement à la psychanalyse, et je me rends compte que toutes mes œuvres y sont liées. La thématique de la musique revient assez naturellement parce qu’en ce moment je baigne beaucoup plus là dedans. Dans la collection d’hiver notamment, il y a une lionne avec l’éclair de Ziggy Stardust de Bowie… C’est vrai que je regarde tout, partout, tout le temps. Aux expos, chez les gens, dans les livres. J’écoute  tout, je retiens rien ! … et à un moment donné, un processus créatif se met en marche dans ma tête.

Tu peux nous parler de tes collections actuelles ?

La collection été est plutôt orientée rock, Patti Smith etc… ce qui n’empêche pas mes références d’enfants, comme les couleurs des Demoiselles de RochefortJackson Pollock et ses projections de peintures. J’essaie de faire des choses qu’on a pas encore vues dans le bijou. La projection de peinture était vraiment importante pour moi et je la reconduis cet hiver, sur une couronne qui évoque clairement celle de Basquiat. Et il y a bien sûr, toutes les idées qui viennent au fur et à mesure. Mais en terme d’esthétique, je reste assez discrète je crois. On est plus proche d’une Charlotte Gainsbourg que d’une Katy Perry, même si j’aime bien les deux.

Vous êtes nombreux dans ton atelier ?

On est deux. J’étais toute seule jusqu’à il y a six mois et j’ai embauché Gaetan, qui lui est très rock et plus jeune, c’est un nouveau souffle. Je pense que chaque rencontre est importante. Gaetan s’occupe de ma production, mais c’est aussi mon assistant. On est comme un petit couple dans l’atelier, bien qu’on soit véritablement en couple, chacun de notre côté. Mais c’est une fraicheur, car Alphabeta toute seule pendant deux ans, c’est dur. Avoir les mauvaises nouvelles toute seule, avoir les bonnes nouvelles toute seule… Donc son arrivée a été une véritable impulsion pour moi !

Sur la collection d’hiver, il y a également une collaboration avec la designer Caroline Gomez.

Voilà, on essaie d’évoluer, de monter en gamme. On s’adresse à des concept-stores de plus en plus pointus. On a fait le Tranoï récemment. C’était notre premier salon, on était super content d’être sélectionné et on se rapproche de ce qu’on aime vraiment.

Sur Walkzine, on parle également musique, lieux… Quels sont tes derniers coups de cœur ?

En terme de lieux, c’est vraiment des vieux lieux. Je ne sors plus beaucoup, j’ai quarante ans. Moi je suis de Rouen, donc c’est vraiment les lieux où je venais au tout début de mon installation à Paris. J’aime bien le Café Beaubourg et les lieux un peu « luxe »… Si ça va pas, je vais directement au Café de Flore, alors que j’ai rien à voir avec les gens du Flore. C’est comme une espèce de petite bulle de luxe, de bonheur. D’un seul coup, je me sens préservée, c’est assez bizarre…

En terme de musique, je ne retiens rien, je crois que j’ai un Alzheimer très précoce ! Gaetan me fait écouter des albums tous les jours … que je ne retiens pas. Donc je suis revenue à des choses très nineties. En ce moment, on écoute en boucle Gamine. Et il y a aucune collection qui ne se fait sans les Smiths.

Et puis j’ai un mari qui fait du hip hop, qui va sortir ses deux albums en octobre. Ils bossaient avec les Sages Poètes de la Rue. Il y a l’album de Zoxea que j’adore et qu’il faut absolument écouter.

J’aime aussi The Do, Lana del Rey plus récemment. J’aime ses côtés “rididule et gracieux” mélangés. Il y a des moments où tu es presque gênée pour elle, d’autres qui sont de purs moments de grâce.

Un mot de conclusion ?

J’ai trop parlé… Comme d’habitude !

Copyright Photos Interview : Olivier Samyde

Alphabeta

Caroline Gomez

Merci

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